Le constructeur chinois BYD a franchi un cap historique en avril dernier en dépassant Tesla sur le marché européen des véhicules électriques à batterie (VE), selon les données du cabinet Jato Dynamics. Une première qui intervient dans un contexte défavorable, marqué par l’imposition de lourds droits de douane par l’Union européenne sur les véhicules fabriqués en Chine.
En tout, BYD a vendu 7.231 VE sur le continent européen, soit une progression fulgurante de 169% par rapport à l’année précédente. Sur la même période, les ventes de Tesla ont enregistré une chute vertigineuse de 49%, atteignant 7.165 unités. L’écart reste minime — seulement 66 voitures — mais le symbole est fort : BYD parvient à éclipser pour la première fois son concurrent américain sur ce segment stratégique.
Un tournant pour l’industrie européenne de l’électrique
Felipe Munoz, analyste chez Jato Dynamics, souligne l’importance de cette bascule. Alors que Tesla dominait jusqu’à présent sans rivalité sérieuse, cette progression rapide de BYD, qui n’a réellement étendu ses opérations en Europe qu’à partir de fin 2022, marque un changement d’équilibre. Le groupe chinois a réussi à s’imposer malgré un environnement réglementaire restrictif et une pénétration encore limitée sur certains marchés majeurs comme la France.
En effet, l’Union européenne a renforcé ses barrières commerciales fin 2023, en imposant des surtaxes pouvant atteindre 45,3% sur les véhicules électriques en provenance de Chine. Pourtant, les constructeurs chinois n’ont pas ralenti. En avril, leurs ventes de VE ont bondi de 59%, atteignant 15.300 unités.
L’hybride rechargeable, levier stratégique des marques chinoises
Face à ces restrictions, plusieurs groupes chinois ont adopté une stratégie d’adaptation en investissant massivement dans les hybrides rechargeables, segment actuellement épargné par les droits de douane. Résultat : les ventes de ces modèles ont explosé de 546% en un an, atteignant 9.649 unités en avril.
BYD, dont l’offre se compose principalement de véhicules électriques, a élargi sa gamme avec le lancement de son SUV hybride rechargeable Seal U DM-i. Cette diversification s’avère payante dans des marchés où l’électrique pur peine encore à s’imposer pleinement. En France, par exemple, les voitures électriques ne représentent que 17% des immatriculations, contre des taux bien plus élevés dans des pays comme la Norvège.
Des ambitions industrielles renforcées en Europe
Pour consolider sa position, BYD accélère son implantation industrielle sur le Vieux Continent. Le groupe prévoit l’ouverture de sa première usine en Hongrie au second semestre 2025, qui servira également de siège européen et de centre de R&D. Cette démarche vise à contourner les obstacles douaniers tout en rassurant les autorités européennes sur la localisation de la production.
Une concurrence féroce malgré l’exploit
Malgré cette avancée, BYD et Tesla restent loin derrière les leaders du marché européen. Volkswagen continue de dominer avec 25.514 unités écoulées en avril (+61%), suivi par BMW (14.867 unités) et Skoda (13.598 unités), qui profite du succès de son SUV Elroq. Renault complète le top 5 avec 10.328 unités, notamment grâce à sa nouvelle R5.
Au classement des modèles, le Tesla Model Y figure en neuvième position, avec 4.495 unités. Aucun véhicule de marque chinoise n’apparaît dans le top 25, même si des modèles comme la MG4, la MG3 Hybrid+ ou encore la Leapmotor C10 commencent à se faire une place sur les marchés européens.
Cette performance de BYD reste néanmoins un signal fort : la concurrence venue d’Asie ne cesse de gagner du terrain, et l’équilibre des forces sur le marché de la mobilité électrique pourrait bien être en train de basculer.


