Sous les éclats d’une paix fragile, les vieux démons refont surface entre l’Inde et le Pakistan.
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu saluée par la communauté internationale, les armes n’ont pas tardé à rompre le silence entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud. Moins de 24 heures après l’accord, de nouvelles accusations de violations fusent déjà entre New Delhi et Islamabad, laissant craindre une rechute dans la spirale de violence.
À Srinagar, dans la région indienne du Cachemire, des explosions ont été entendues samedi soir, confirmant une reprise des activités militaires. Des tirs sporadiques ont également été signalés dans plusieurs secteurs de la Ligne de contrôle, selon des sources officielles pakistanaises.
Le ministère indien des Affaires étrangères a exhorté son voisin à faire preuve de responsabilité, l’enjoignant à « mettre fin aux provocations ». Islamabad, de son côté, assure que ses troupes respectent scrupuleusement l’accord, tout en accusant l’armée indienne de multiplier les incidents.
La trêve, pourtant saluée comme un tournant potentiel après quatre jours de confrontations d’une intensité rare — drones, missiles, bombardements d’artillerie — semble déjà menacée. Le contexte reste explosif depuis l’attentat du 22 avril dans le Cachemire indien, où 26 civils ont été abattus. L’Inde accuse un groupe soutenu par le Pakistan, ce que ce dernier nie catégoriquement.
La communauté internationale, emmenée par les États-Unis, avait pourtant réussi à imposer un arrêt des hostilités. Samedi, Donald Trump s’est félicité d’un accord « total et immédiat », revendiquant le rôle de médiateur via son réseau Truth Social. Tandis que Paris, Londres ou encore Berlin saluaient une « décision de sagesse », les appels au calme ont fusé de Pékin à Téhéran.
Mais sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Côté pakistanais, les frappes indiennes ont provoqué des répliques qualifiées de « justifiées » par Islamabad, dans le cadre d’une opération baptisée Edifice Compact, présentée comme une réponse à des tirs de missiles contre des installations militaires proches de la capitale.
New Delhi a confirmé avoir été visée par une série d’attaques aériennes, notamment sur des sites stratégiques au nord-ouest du pays. Le bilan, tragique, s’élève à une soixantaine de victimes civiles, alimentant une nouvelle vague de déplacements massifs dans les zones frontalières.
Dans les villages du Cachemire, un sentiment mêlé de soulagement et de méfiance prédomine. « On veut y croire, mais on connaît la chanson », confie un habitant côté indien. À l’ouest, un entrepreneur pakistanais décrit le cessez-le-feu comme « une bouffée d’air », tout en exprimant sa peur de voir les violences repartir.
Pendant que certains rêvent encore d’un retour à la table des négociations, d’autres redoutent que le frêle accord ne soit qu’une pause dans un conflit sans fin.

