Les enseignements d’une entrée en matière pas totalement rassurante.
Il y avait la pluie, il y avait la pression, il y avait l’ouverture d’une CAN à domicile. Et il y avait surtout cette envie de bien faire, de frapper fort d’entrée. À Rabat, ce 21 décembre face aux Comores, le Maroc a coché certaines cases, dont la plus importante, une victoire (2-0), avec une deuxième période tambour battant, un public en fusion et un but d’anthologie d’Ayoub El Kaabi pour faire décoller un Stade Prince Moulay Abdellah qui n’attendait que ça. La fête a été belle, mais comme souvent avec la sélection sous Regragui, des questions persistent.
Le bloc bas, encore. Toujours.
On pensait avoir progressé là-dessus. On se disait que l’expérience, les profils, les automatismes allaient finir par faire sauter ce verrou. Et pourtant. En première période, nos Lions ont encore buté sur un bloc compact, discipliné, parfaitement assumé par les Comores et leur entraîneur italo-canadien, sûrement adepte du Catenaccio. Un plan simple, mais terriblement efficace pendant 45 minutes.
Le choix d’aligner Soufiane Rahimi en pointe face à ce type de dispositif a aussi rapidement montré ses limites. Peu de présence dans la surface, peu de poids sur les centres, peu d’espaces à attaquer dos au jeu. L’entrée d’Ayoub El Kaabi a immédiatement changé la donne. Un point de fixation, un vrai renard, quelqu’un qui vit pour ce genre de matchs. Le constat est clair : contre des blocs bas, le Maroc a besoin d’un tueur de surface. Pas d’un faux neuf par défaut.
Anass Salah-Eddine, la très bonne surprise
Il ne nous a pas fallu longtemps pour comprendre pourquoi Anass Salah-Eddine avait gagné sa place dans la liste de Walid Regragui. À gauche, le nouveau venu a surnagé dans une première période globalement poussive : activité constante, centres millimétrés, justesse technique, sérieux défensif. Un joueur propre, juste, intelligent, en somme, un joueur de très haut niveau.
Reste maintenant le casse-tête à venir. Quand Achraf Hakimi reprendra son couloir droit, que faire ? Rebasculer Noussair Mazraoui à gauche ? Reléguer Salah-Eddine sur le banc ? Au vu de ce qu’il a montré, le débat est légitime. Et il ne serait pas scandaleux que le flanc gauche lui appartienne, surtout quand on a besoin d’un gaucher.
Une fébrilité défensive à surveiller de très près
Tout n’a pas été maîtrisé. Loin de là. Malgré une domination quasi totale, les rares sorties comoriennes ont suffi à semer le doute. Yassine Bounou a dû s’employer, parfois sérieusement, et l’égalisation n’était pas un scénario totalement irréaliste.
Le cas Romain Saïss pose d’ailleurs question. Blessé, diminué, rapidement en difficulté, il a symbolisé cette fragilité. À vouloir absolument répondre présent, il a surtout pénalisé la sélection, occupant une place précieuse dans un secteur où les options ne sont déjà pas légion. Face à un adversaire d’un autre calibre, ces approximations pourraient coûter cher. Très cher.
El Kaabi, titulaire. Point final.
Ce débat-là ne devrait même plus exister. Ayoub El Kaabi est aujourd’hui l’attaquant le plus fiable, et surtout le plus clinique, de cette sélection. Un pur finisseur, un joueur qui transforme une demi-occasion en but, un profil parfaitement adapté à une équipe qui multiplie les centres à la chaîne.
Depuis son explosion à l’Olympiakos, il n’a cessé de confirmer. Si le Maroc continue à empiler les ballons dans la surface, alors le choix est évident : notre numéro neuf doit être celui qui vit dans la surface. Et aujourd’hui, il n’y en a qu’un, et il vient déjà d’inscrire le but de la compétition.


