Qualifié, mais toujours pas rassuré. Face à une Tanzanie décomplexée, le Maroc a validé l’essentiel : une place en quarts de finale de sa CAN. Voici les principaux enseignements de la rencontre.
C’est ce qu’on appelle sentir le vent passer. Le frôler même. À l’image d’Adam Masina face à son vis-à-vis, à la toute dernière seconde, qui aurait pu offrir à la Tanzanie un penalty au goût de tragédie. Ce dimanche 4 janvier, les Lions de l’Atlas ont validé leur billet pour les quarts de leur CAN 2025, mais en réveillant, au passage, certains démons qu’on croyait pourtant rangés dans un placard ivoirien. Voici les enseignements d’un match gagné… mais très loin d’être rassurant, comme depuis deux ans.
La charnière défensive, ce n’est toujours pas ça
C’est quand même ballot de réaliser, au moment fatidique, qu’on n’a absolument, et aucunement, depuis la Côte d’Ivoire, évolué sur ce chantier persistant qu’est notre défense. Deux ans plus tard, même fébrilité, mêmes hésitations, mêmes regards perdus.
C’est quand même ballot de devoir espérer le retour d’un quasi préretraité de 35 ans, déjà blessé trois fois cette année, alors qu’il ne faisait même plus vraiment partie des plans de notre sélectionneur sur les deux dernières années censées poser les bases de cette assise défensive. C’est quand même ballot de tester, voire, d’improviser, au moment où l’on doit performer.
Aguerd à gauche, Masina à droite, un droitier exilé côté gauche : ça tangue, ça fait douter, et surtout, ça sort la langue à la moindre accélération. Dans la relance comme dans le duel, la défense marocaine semble toujours jouer avec une demi-seconde de retard. Et face à des adversaires capables de faire le minimum syndical avec le ballon, ce genre de retard se paie cash. La Tanzanie n’en a pas profité. Le Cameroun, lui, ne risque pas de demander deux fois.
Brahim Díaz, supplément fromage
Le dernier à avoir humilié un défenseur en Mondovision de la sorte, c’était Messi face à Boateng. Faire danser son vis-à-vis, l’enrhumer, puis libérer un peuple entier : peu peuvent s’en vanter. Brahim Díaz, lui, en est déjà à sa quatrième itération successive du genre sous le maillot marocain, l’une sublimant l’autre. Mais celle-ci… Trois feintes, un défenseur qui titube, et une frappe premier poteau chirurgicale. C’était beau. Presque trop.
Le Maroc semble devenir Díaz-dépendant, techniquement évidemment, mais aussi dans le panache. Quand tout se fige, quand le jeu se crispe, il semble être ce petit génie capable de créer quelque chose à partir de rien.
Sans compter son pressing sans relâche, Brahim a surtout choisi le bon moment pour rappeler à certains qu’il n’était pas qu’un chauffeur de banc au Real Madrid, mais bien un joueur qui avait les moyens d’être un titulaire dans le club aux quinze Ligues des champions. Et ça, dans une CAN qui peut se gagner à l’inspiration, ça change tout.
Hakimi nous fait le plus grand bien
Il n’est pas encore à 100 %, mais son simple retour change la donne. Une journée presque normale pour un Ballon d’Or africain, non ? Une barre sur coup franc, des courses, des passes, surtout celle décisive pour Brahim, signature maison. Hakimi va monter en régime, c’est une certitude, et face au Cameroun, il nous faudra un Hakimi version plus plus. Car si Bryan Mbeumo, en pleine bourre, se retrouve dans son couloir, l’affaire pourrait vite devenir sérieuse. Très sérieuse même.
Flanc droit ou rien ?
Petite devinette. Comment réagirait un adversaire qui verrait son opposition concentrer 80 % de ses attaques sur son flanc droit ? Il fermerait ce côté ? Bonne réponse. C’est exactement le piège dans lequel le Maroc semble doucement s’enfermer. Comme un déjà-vu, tout passe par Hakimi, ou par Brahim, anciennement Hakim Ziyech. À droite, ça combine, ça déborde, ça crée. À gauche, ça hésite, ça recycle, ça temporise. Du moins sans Salah-Eddine. Résultat : le jeu devient lisible.
Si notre flanc gauche ne se réveille pas, dans l’animation, dans la prise de risque, dans l’intention, le Maroc risque de se heurter à des murs bien plus solides que celui proposé par la Tanzanie. Ou peut-être est-ce une consigne du coach ?
Une CAN qui se gagne… sans marge ?
C’est avéré maintenant, le Maroc n’a plus de matelas. Plus de victoire tranquille, plus de contrôle total, plus de domination sereine. Chaque match est désormais une page où chaque détail peut faire basculer la narration.
Ce Maroc a gagné face à la Tanzanie, oui. Mais il a aussi tremblé, face à la Tanzanie… On avance, oui, mais pion par pion et sans certitude. Et dans une CAN à domicile, où la pression est constante, et où les joueurs semblent en être impactés, à moindre mesure, cette absence de marge devient un facteur mental majeur.
Les grandes équipes savent gagner en étant moyennes. Les très grandes savent tuer les matchs quand l’occasion se présente. Et nous ? On survit, même chez nous. Ce n’est absolument pas la position qu’on imaginait avoir dans cette CAN à domicile, surtout avec un vivier aussi dense…, surtout avec deux ans pour le polir.


