Prévue en 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, la prochaine Coupe d’Afrique des nations suscite déjà de nombreuses interrogations. Pour plusieurs observateurs, cette édition pourrait rappeler les limites constatées lors de précédentes CAN organisées sur le continent, notamment en Côte d’Ivoire et au Cameroun, en dépit des discours officiels promettant une compétition « historique ».
Sur le plan des infrastructures sportives, les inquiétudes sont particulièrement marquées. Les stades annoncés répondraient, pour la plupart, au strict minimum des exigences de la CAF (CAT 4), sans réelle marge de confort ou de modernité. Certains enceintes seraient simplement « praticables », à l’image de stades vieillissants connus ailleurs sur le continent, tandis que les terrains d’entraînement demeurent, selon plusieurs constats, insuffisants en qualité comme en capacité d’accueil. Ces lacunes expliqueraient en partie la décision de la CAF d’accorder un délai supplémentaire de cinq mois aux pays hôtes pour se mettre à niveau.
Ces contraintes auront un impact direct sur les recettes de la compétition. Les projections internes évoquent une forte baisse des revenus issus de la billetterie, qui pourraient passer d’environ 55 millions de dollars lors de la CAN 2025 au Maroc à moins de 20 millions de dollars en 2027. La raison est simple : des stades de plus petite capacité, une offre d’hospitalité limitée et une expérience spectateur moins attractive.
L’hébergement constitue un autre point sensible. Dans plusieurs villes appelées à accueillir des rencontres, l’offre hôtelière reste modeste, tant en volume qu’en standing. Même dans des capitales comme Kampala, Nairobi ou Dar es Salaam, les organisateurs pourraient être contraints de recourir massivement à des établissements de catégorie intermédiaire pour loger les délégations officielles, les médias et les partenaires. En période estivale, ces conditions posent également des défis sanitaires et logistiques non négligeables.
Les transports apparaissent comme l’un des maillons les plus fragiles du dispositif. L’absence de liaisons ferroviaires efficaces entre les villes hôtes, combinée à des distances importantes et à un réseau aérien limité, complique considérablement la mobilité. Les déplacements routiers, parfois longs et pénibles en raison de la qualité des infrastructures, rappellent les difficultés rencontrées lors des CAN précédentes en Afrique subsaharienne. Certaines villes ne disposent même pas d’un véritable réseau de transport urbain structuré.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les trois pays organisateurs cumulent une douzaine d’aéroports internationaux, pour une capacité globale estimée à environ 20 millions de passagers par an. À titre de comparaison, le Maroc dispose à lui seul d’environ 18 aéroports internationaux, avec une capacité avoisinant les 40 millions de passagers. L’écart est encore plus frappant face à des pays européens comme l’Espagne, qui compte plus de 40 aéroports internationaux accueillant plus de 300 millions de voyageurs par an.
Pour plusieurs analystes marocains, ces comparaisons devraient inciter le Royaume à se projeter davantage vers des standards internationaux élevés, en particulier européens, plutôt que de chercher une reconnaissance symbolique auprès d’autres publics. La crédibilité et l’attractivité s’imposent naturellement lorsqu’elles reposent sur la qualité des infrastructures, des services et de l’organisation globale.
Dans cette optique, l’accueil des visiteurs étrangers doit être envisagé avant tout comme une prestation professionnelle, fondée sur un service de qualité et une hospitalité maîtrisée, sans fragiliser un secteur économique qui fait vivre des centaines de milliers de Marocains. L’hospitalité, valeur profondément ancrée dans la culture nationale, ne peut se substituer à une logique économique durable.
À l’approche de la CAN 2027, beaucoup restent sceptiques face aux déclarations enthousiastes attendues après la compétition, promettant des « éditions exceptionnelles » et des « infrastructures impressionnantes ». L’expérience récente invite à une lecture plus prudente.
On peut donc qualifier la CAN 2027, comme un retour aux standards africains, quand le Maroc, lui, a déjà pris une longueur d’avance avec des stades modernes et des infrastructures pensées pour l’avenir.

