À Casablanca, la circulation anarchique des camions de transport lourd dans l’arrondissement d’Aïn Sebaâ suscite une vive inquiétude parmi les habitants.
Dans une correspondance adressée à la maire de la ville, l’élu local Karim Glaybi, membre du conseil de l’arrondissement d’Aïn Sebaâ et du Conseil de la commune de Casablanca, tire la sonnette d’alarme et appelle à une intervention urgente pour mettre fin à une situation qu’il juge devenue dangereuse pour la sécurité des riverains.
La mort d’un livreur relance l’alerte à Aïn Sebaâ
La question a brutalement refait surface ce lundi avec un drame qui a profondément marqué le quartier. Un jeune livreur a perdu la vie dans un accident impliquant un camion de transport lourd à l’heure du ftour. Le jeune homme, originaire du quartier de Sidi Bernoussi, effectuait une livraison à moto lorsqu’il a été percuté par un camion. Il est décédé sur le coup. Ce nouveau drame ravive la colère et l’inquiétude des habitants face à la présence massive de ces véhicules dans les rues et les grands axes du secteur.
Dans sa lettre, Karim Glaybi relaie l’exaspération des habitants de la zone, confrontés quotidiennement à la circulation de camions dans plusieurs axes résidentiels et très fréquentés, notamment les Boulvards Mimosa, Chefchaouni, Mohammed Draa, Ali Yaâtha, Ibn Al-Ouannan et Moulay Ismaïl.
Selon l’élu, ces voies structurantes se sont progressivement transformées en zones à haut risque. « Ces rues sont devenues de véritables points noirs qui fauchent des vies presque quotidiennement », écrit-il, évoquant une situation devenue insoutenable pour les habitants du quartier.
Karim Glaybi s’interroge également sur l’efficacité des investissements publics réalisés pour créer une voie dédiée aux camions, censée justement éloigner le trafic de poids lourds des zones urbaines denses. « La poursuite de cette situation soulève des interrogations légitimes sur l’utilité des investissements importants consacrés à la “route des camions”, si les décisions de circulation interdisant l’accès de ces véhicules aux zones habitées ne sont pas appliquées », souligne-t-il dans son courrier.
Face à cette situation, l’élu demande à la mairie de Casablanca d’agir rapidement. Il appelle notamment à inscrire la question à l’ordre du jour de la prochaine session du Conseil de la ville, ou à saisir en urgence la commission chargée des services publics et des équipements afin d’examiner la problématique de la sécurité routière et de la gestion de la circulation des poids lourds dans l’arrondissement.
Il plaide également pour l’application stricte des décisions d’interdiction déjà adoptées, ainsi qu’un renforcement de la coordination entre les autorités locales et les services de sécurité afin de sanctionner les conducteurs qui continuent d’emprunter des rues où la circulation des camions est interdite.
La vulnérabilité croissante des livreurs sur la route
Plus largement, la question de la sécurité des livreurs à moto s’est imposée ces derniers mois comme un enjeu croissant dans les grandes villes marocaines. En octobre 2025, plusieurs organisations de coursiers avaient déjà alerté sur la multiplication des accidents mortels impliquant des livreurs travaillant pour des applications de livraison.
La pression économique, la baisse des revenus et la nécessité d’enchaîner les courses pour atteindre un niveau de gains suffisant poussent certains livreurs à adopter des rythmes de travail intensifs et parfois à prendre davantage de risques sur la route. Plusieurs accidents dramatiques avaient alors été signalés à Casablanca, relançant le débat sur les conditions de travail de ces travailleurs indépendants et sur les enjeux de sécurité routière auxquels ils sont exposés quotidiennement.
Des mesures urgentes pour sécuriser la circulation
Face à cette situation, l’élu plaide pour une série de mesures destinées à mieux encadrer la circulation des poids lourds dans l’arrondissement. Il propose notamment l’installation d’une signalisation claire et visible aux principales entrées d’Aïn Sebaâ, afin de diriger les camions vers les itinéraires qui leur sont légalement réservés et d’empêcher leur passage à travers les quartiers résidentiels.
Pour Karim Glaybi, l’urgence est désormais évidente. « Les vies des habitants d’Aïn Sebaâ sont une responsabilité qui nous incombe, et la situation ne tolère plus ni retard ni calculs », écrit-il, appelant les autorités locales à agir rapidement afin d’éviter que de nouveaux drames ne viennent endeuiller le quartier.



