Dans une région où l’urbanisation galopante bouscule les équilibres, Casablanca-Settat mise sur une stratégie structurante pour transformer ses déchets en leviers économiques et en outils de gouvernance responsable. Un chantier technique, mais surtout politique, désormais scellé.
La région Casablanca-Settat vient de franchir une étape décisive dans sa politique environnementale en dévoilant les orientations finales de son plan régional dédié à la gestion des déchets industriels, médicaux, agricoles et inertes. Présenté lors d’une séance publique tenue le 25 novembre, ce document constitue l’un des volets majeurs de la stratégie régionale 2022-2027, destinée à moderniser les services territoriaux et à ancrer une dynamique durable à l’échelle locale, rapporte Les Inspirations Eco.
Fruit d’un long processus de concertation, ce plan propose une lecture approfondie des flux de déchets qui circulent dans la région et dessine plusieurs trajectoires d’intervention. L’un des enjeux centraux mis en avant concerne la coordination entre les acteurs : collectivités, tissu industriel, secteur agricole et institutions de santé. Une mécanique essentielle pour bâtir une chaîne cohérente allant de la collecte à la valorisation, sur un territoire où les volumes générés ne cessent de croître.
Selon le quotidien, l’élaboration du plan s’est déroulée en trois temps. Une première phase, consacrée au diagnostic, a permis d’analyser minutieusement les pratiques existantes. Abdellatif Maazouz, président du Conseil régional, rappelle que cette étape, entamée en 2018, a pris de l’ampleur en raison de l’enquête publique, étendue pour permettre l’expression de toutes les communes. Une seconde phase a ensuite permis d’examiner différents scénarios d’avenir. La troisième, enfin, a consolidé les propositions dans un document stratégique désormais validé.
Au-delà de l’impératif environnemental, le rapport présenté souligne un potentiel économique considérable. Les projections évaluent à près de 8 millions de tonnes les déchets issus des chantiers du BTP, auxquels s’ajoutent des volumes importants provenant des industries agroalimentaires, des marchés de gros ou encore des filières animales. Autant de matières qui, une fois valorisées, représentent de véritables opportunités pour les entreprises.
Les Inspirations Eco rappelle par exemple que les gaz organiques émanant de la filière des viandes rouges, composés à 50% de méthane, peuvent se vendre entre 1.000 et 1.500 dirhams la tonne. Les déchets de la pêche, transformables en farine ou huile de poisson, dépassent les 10.000 dirhams la tonne. Chaque filière dispose ainsi d’un marché déjà structuré.
Sur la question des déchets issus des chantiers, Abdellatif Maazouz plaide pour l’instauration d’une taxe environnementale et d’un système de caution, dans la logique du pollueur-payeur. La première financerait les services de traitement, tandis que la seconde garantirait le respect des règles par les maîtres d’ouvrage.
Les scénarios retenus englobent un large spectre d’actions : compostage des élevages avicoles, valorisation des abattoirs, récupération des déchets des marchés pour l’alimentation animale, recyclage des résidus industriels (acier, centrales thermiques, olives, sucre) ou encore intégration des déchets de construction dans la production de clinker.
Le déploiement opérationnel de ce plan régional est prévu pour début janvier 2026. Les premières mesures devraient progressivement structurer une économie circulaire encore embryonnaire, mais dont le potentiel, selon les experts, est immense dans une région qui génère à elle seule une part majeure des déchets nationaux.

