Au Maroc, le mois de Ramadan demeure un temps sacré où la spiritualité façonne le rythme collectif. Lorsqu’une voix publique choisit d’y interroger frontalement la norme, le débat dépasse vite le cadre individuel pour devenir un révélateur des tensions entre libertés personnelles, cadre légal et identité religieuse.
Une publication de Mayssa Salama Ennaji a récemment déclenché une vague de réactions nourries sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, elle a affirmé ne plus observer le jeûne du Ramadan depuis une décennie, tout en appelant à une remise à plat des dispositions juridiques encadrant la rupture publique du jeûne.
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Dans son message, formulé sans détour, elle soutient que la criminalisation de l’iftar en public ne reposerait ni sur un fondement religieux explicite ni sur une base juridique suffisamment étayée. Elle a invité les personnes partageant son analyse à exprimer ouvertement leur appui, inscrivant sa prise de position dans une logique de “mobilisation”.
L’intéressée a également élargi son propos en l’articulant à une ambition politique. Elle a évoqué son souhait d’occuper, à terme, des responsabilités gouvernementales dans le domaine de la Culture, estimant pouvoir contribuer à une dynamique de réformes pour le pays dans les années à venir. Cette articulation entre position personnelle, plaidoyer juridique et projection politique n’a toutefois pas contribué à amplifier l’écho de sa déclaration.
Contrairement aux séquences virales d’antan, la publication n’a pas déclenché de vague d’indignation ni d’emballement massif. Elle a circulé, commentée à la marge, puis largement absorbée par le flux continu des réseaux sociaux. Aucun appel structuré à la censure, aucune mobilisation d’ampleur : davantage une forme d’indifférence numérique qu’une véritable tempête polémique.
Le sujet, qui aurait pu autrefois cristalliser une confrontation frontale, semble aujourd’hui susciter moins d’émotion collective. Ni débat de fond sur l’arsenal juridique en vigueur — hérité du siècle dernier — ni discussion approfondie sur son éventuelle évolution. Le texte de loi existe, continue de s’appliquer, mais n’a pas été au cœur des échanges.
Les réactions se sont révélées dispersées, souvent factuelles, parfois ironiques, rarement militantes. Plus qu’un affrontement idéologique, c’est une absence de mobilisation qui a marqué cette séquence. Comme si, au-delà de la déclaration elle-même, le débat ne parvenait plus à s’imposer dans l’espace public avec la même intensité qu’autrefois.
Ce relatif désintérêt interroge à sa manière. Non pas sur la teneur du propos, mais sur la capacité du sujet à structurer un débat collectif. Entre banalisation, fatigue polémique et priorités déplacées, l’épisode reflète peut-être une mutation du rapport aux controverses sociétales : tout n’enflamme plus l’opinion, même lorsque la question touche à des références aussi centrales que le Ramadan.

