La future interdiction du démarchage téléphonique non consenti en France pourrait fragiliser un pan important de l’économie de l’offshoring au Maroc. Selon le ministre de l’inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri, entre 40.000 et 50.000 emplois dans les centres d’appels pourraient être menacés par cette évolution réglementaire prévue pour août 2026.
Le secteur des centres d’appels constitue aujourd’hui l’un des piliers de l’offshoring marocain. Il emploie près de 120.000 personnes de manière directe, principalement des jeunes diplômés, et génère environ 50.000 emplois indirects dans des activités connexes comme le transport ou la logistique. Sur le plan économique, cette industrie attire d’importants investissements étrangers, avec près de 1,3 milliard de dirhams investis en 2023. Elle produit également entre 10 et 12 milliards de dirhams de valeur ajoutée chaque année, contribuant significativement au produit intérieur brut.
La nouvelle réglementation française vise à limiter fortement les appels commerciaux et les communications non sollicitées. Or, une large partie de l’activité des centres d’appels installés au Maroc dépend du marché français. Les estimations du ministère indiquent que près de 80 % du volume d’activité du secteur pourrait être concerné par ces restrictions, ce qui expose particulièrement les petites et moyennes entreprises spécialisées dans le télémarketing.
Face à ces risques, le gouvernement marocain prépare plusieurs mesures pour atténuer l’impact sur l’emploi et accompagner la transformation du secteur. La stratégie repose notamment sur la diversification des marchés à l’international, avec un positionnement renforcé vers d’autres pays européens comme l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, mais aussi vers l’Afrique et l’Amérique latine.
Parallèlement, les autorités encouragent les opérateurs à évoluer vers des services à plus forte valeur ajoutée, tels que le support technique, la gestion avancée de la relation client, le back-office ou les services numériques. Cette montée en gamme s’accompagnera d’un renforcement des programmes de formation et de reconversion professionnelle, notamment dans les métiers du numérique, les langues étrangères et les nouvelles compétences recherchées par les entreprises internationales.
Le plan gouvernemental prévoit également des mesures de soutien aux entreprises, incluant des incitations fiscales, des facilités de financement et des aménagements concernant certaines obligations fiscales et sociales pour les sociétés les plus exposées.
Enfin, l’innovation technologique figure au cœur de cette transformation. Les autorités misent notamment sur l’intégration de l’intelligence artificielle et de l’analyse de données pour moderniser les services des centres de relation client et renforcer la compétitivité de l’offshoring marocain sur les marchés internationaux.


