Chari vient de franchir un cap symbolique dans l’écosystème technologique du Royaume. L’entreprise fondée par Ismael Belkhayat et Sofia Alj a annoncé une levée de 12 millions de dollars en série A, co-menée par SPE Capital et Orange Ventures – la plus importante opération de ce type jamais réalisée par une jeune pousse marocaine.
Mais derrière ce chiffre record se dessine une ambition plus vaste : celle de transformer les commerces de quartier en acteurs pleinement intégrés à l’économie numérique.
Une levée record, mais surtout un virage stratégique
L’opération, bouclée début octobre, permettra à Chari d’accélérer le développement de sa super-application à destination des détaillants, ainsi que de sa plateforme Banking-as-a-Service (BaaS), qui vise à ouvrir son infrastructure financière à d’autres startups souhaitant intégrer des services bancaires dans leurs produits.
Cette levée de fonds intervient au moment où la startup décroche une licence d’établissement de paiement délivrée par Bank Al-Maghrib, une première pour une entreprise issue du e-commerce. Ce sésame permettra à Chari de proposer directement à ses utilisateurs des comptes de paiement, cartes, transferts et solutions de micro-assurance – un tournant majeur pour un acteur né dans la distribution.
Du commerce de proximité à la finance numérique
Créée en 2018, Chari s’est imposée en quelques années comme la référence du e-commerce B2B au Maroc, en permettant aux épiciers et détaillants de commander leurs produits de grande consommation via une application mobile. Plus de 20 000 points de vente utilisent aujourd’hui sa plateforme, d’abord pour l’approvisionnement, et de plus en plus pour des services financiers ou de gestion.
Cette évolution vers la fintech ne doit rien au hasard : selon la Banque mondiale, près de 60 % des petits commerçants marocains demeurent non bancarisés. Chari espère combler ce fossé en reliant ces acteurs à des services de paiement digital, de crédit et d’assurance.
Un écosystème en mutation
Pour SPE Capital, société d’investissement régionale active en Afrique du Nord, l’opération traduit la maturité croissante du marché marocain des startups. « Chari incarne une nouvelle génération d’entreprises africaines capables de lier commerce et inclusion financière », souligne un communiqué de l’investisseur.
De son côté, Orange Ventures, déjà présent au capital de plusieurs acteurs du numérique africain, y voit une continuité avec ses initiatives en matière de digitalisation des commerces locaux.
Entre promesse et défi
Si Chari affiche désormais les moyens de ses ambitions, elle devra relever plusieurs défis : s’étendre au-delà du Maroc, convaincre les commerçants les moins digitalisés et s’imposer sur un segment où émergent déjà de nouveaux concurrents locaux et régionaux.
Pour l’heure, l’entreprise peut revendiquer une double avancée : avoir battu un record de financement au Maroc et avoir franchi une étape réglementaire décisive. Deux signaux forts d’une économie marocaine de l’innovation qui gagne en confiance et en légitimité sur la scène africaine.

