Pékin lance une nouvelle offensive sur le web : cette fois, ce ne sont pas les critiques politiques qui sont ciblées, mais les contenus négatifs qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. Le régulateur chinois de l’Internet, la Cyberspace Administration of China, a annoncé lundi une campagne nationale de deux mois visant à éradiquer les messages pessimistes diffusés sur les plateformes de vidéos courtes, de live-streaming et de réseaux sociaux.
Selon le communiqué officiel, certains contenus ciblés « interprètent mal les phénomènes sociaux, amplifient les cas négatifs et en font la promotion d’une vision nihiliste ou défaitiste du monde ». D’autres « encouragent l’autodépréciation et la diffusion du désespoir, influençant ainsi le public ». Cette initiative survient dans un contexte économique particulièrement fragile, marqué par une crise immobilière persistante qui a réduit la confiance des consommateurs, freiné la consommation et augmenté le chômage des jeunes.
Ces difficultés ont contribué à l’essor de modes de vie comme le « lying flat », une expression popularisée sur Internet en 2021 désignant une vie simple et sans stress. Plusieurs blogueurs documentant ce style de vie ont récemment vu leurs comptes supprimés ou leurs vidéos retirées. Dans le même temps, les plateformes comme Weibo, Kuaishou et Xiaohongshu ont été sanctionnées pour avoir laissé circuler des informations jugées « nuisibles », allant des rumeurs économiques aux actualités futiles sur les célébrités.
Le régulateur précise que la campagne vise également les contenus « incitant à des confrontations extrêmes entre groupes », « répandant peur et anxiété » et « alimentant la violence et l’hostilité en ligne ». Les publications traitant de rumeurs économiques, de techniques de doxxing ou de messages défaitistes tels que « l’effort est inutile » entrent désormais dans le champ de cette surveillance. L’objectif affiché : protéger les internautes de l’« anxiété commerciale » exploitée par certains pour vendre des formations ou des services liés à l’emploi, aux rencontres ou à l’éducation.
Les médias d’État ont salué cette initiative comme une réponse « opportune au chaos ambiant », soulignant que ce type de contenu « peut provoquer des malentendus collectifs, semer la panique sociale et fragiliser la confiance publique ». Ja Ian Chong, professeur en sciences politiques à l’Université nationale de Singapour, souligne que le pessimisme généralisé, lié aux perspectives professionnelles limitées, pousse les autorités à tenter de stimuler la consommation en gérant le sentiment public sur Internet.
Malgré la possible modification du ton en ligne, Chong estime que la perception générale de la jeunesse ne changera pas sans amélioration concrète des conditions de vie et des opportunités de carrière. À ce jour, de nouvelles tendances émergent pour exprimer ce malaise, comme les « rat people », des jeunes adoptant un style de vie reclus, passant le plus clair de leur temps au lit et commandant des repas pour éviter toute sortie. Les autorités pourraient bien interdire ces expressions et pratiques, mais, comme le note Chong, elles continueront de se transformer et de s’adapter aux réalités numériques.
La Chine fait face à un ralentissement économique durable, la production industrielle et les ventes au détail enregistrant respectivement un creux sur 12 et 9 mois. Le taux de chômage des 16-24 ans a atteint 18,9 % en août, un niveau inédit depuis deux ans, accentuant la précarité d’une génération confrontée à un avenir incertain. Dans ce contexte, le gouvernement mise sur le contrôle du discours en ligne pour encourager le moral des consommateurs et soutenir l’économie nationale.

