Les marchés mondiaux des matières premières ont ouvert la semaine sous forte tension, secoués par une vague de ventes marquée qui a frappé simultanément l’or, l’argent, le pétrole et les métaux industriels. À l’origine de ce mouvement brutal : l’annonce de la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, perçue par les investisseurs comme le signal d’un virage monétaire plus strict, combinée à un durcissement technique sur les marchés à terme.
L’or a enregistré une chute spectaculaire de près de 9 %, revenant à son plus bas niveau depuis plus de deux semaines, tandis que l’argent a décroché de plus de 13 %, après que les deux métaux eurent atteint des sommets historiques la semaine précédente. Le pétrole brut a cédé environ 5,5 %, s’éloignant de ses plus hauts de plusieurs mois, et le cuivre coté au London Metal Exchange a perdu près de 5 %. Cette correction simultanée des actifs réels traduit un net repli de l’appétit pour le risque et une réallocation rapide des portefeuilles en faveur du dollar américain.
Pour de nombreux analystes, la clé de lecture se situe dans le profil de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed, réputé pour sa ligne ferme face à l’inflation. Les marchés ont interprété son arrivée prochaine comme la promesse d’une politique monétaire plus restrictive, ce qui pèse mécaniquement sur les matières premières, traditionnellement sensibles à la hausse des taux et au renforcement du billet vert. La progression du dollar accentue en effet la pression sur les cours de l’or, de l’argent, du pétrole et des métaux de base, libellés en devise américaine.
Le mouvement de vente s’est accéléré avec une décision technique majeure : le relèvement des exigences de marge sur les contrats à terme sur métaux par le CME Group, applicable dès la clôture de lundi. Ce type de mesure augmente le coût de détention des positions et incite souvent les acteurs spéculatifs à réduire leur exposition. Résultat : une liquidation rapide et désordonnée des positions longues, dans un marché déjà fragilisé. Vendredi, l’or avait déjà signé sa plus forte baisse quotidienne depuis 1983, tandis que l’argent avait connu une chute historique de 27 % en une seule séance.
Sur le front de l’énergie, le recul des prix s’explique aussi par un apaisement géopolitique. Les déclarations du président américain Donald Trump évoquant des discussions sérieuses avec l’Iran ont contribué à détendre les marchés, en réduisant la prime de risque liée à un éventuel conflit au Moyen-Orient. Des informations faisant état de l’absence de manœuvres militaires iraniennes dans le détroit d’Ormuz ont renforcé ce sentiment de désescalade, pesant davantage sur les cours du pétrole.
Les métaux industriels, eux, subissent un double effet négatif. D’une part, les inquiétudes persistent autour de niveaux de stocks élevés, notamment pour le cuivre. D’autre part, la demande montre des signes d’essoufflement à l’approche des congés du Nouvel An lunaire en Chine, premier consommateur mondial de métaux industriels et de minerais. Les transactions finales et l’activité industrielle devraient rester modérées jusqu’à la mi-février, limitant tout rebond à court terme.
La nervosité s’est propagée aux marchés asiatiques, où les indices boursiers ont suivi la tendance baissière de Wall Street, dans un contexte chargé en publications de résultats d’entreprises, réunions de banques centrales et indicateurs macroéconomiques. D’autres matières premières ont également reculé : le caoutchouc à Tokyo a perdu près de 3 %, tandis que le blé et le soja à Chicago ont abandonné environ 1 %.
Reste la question centrale pour les investisseurs : s’agit-il d’un retournement durable du cycle des matières premières ou d’une correction passagère après des hausses rapides ? Pour plusieurs stratèges, dont ceux de la Commonwealth Bank of Australia, ce repli s’apparente davantage à un ajustement technique qu’à un changement fondamental. Dans cette lecture, la correction actuelle pourrait même offrir des points d’entrée attractifs à moyen terme, notamment sur l’or, dont les perspectives restent soutenues par les déséquilibres macroéconomiques mondiaux et les incertitudes géopolitiques persistantes.

