Le Maroc vient d’ouvrir une nouvelle page de son histoire cinématographique. Depuis le 1er septembre 2025, la loi n°18.23, dédiée à l’industrie cinématographique et à la réorganisation du Centre Cinématographique Marocain (CCM), est officiellement entrée en vigueur. Adoptée en décembre 2024 et assortie de plusieurs décrets publiés entre juin et août 2025, cette réforme marque un tournant majeur pour un secteur en quête de modernisation, de compétitivité et de rayonnement international.
Au cœur de cette refonte législative, le texte vise à stimuler l’attractivité du Maroc pour les investissements, qu’ils soient locaux ou étrangers, à créer de nouvelles opportunités d’emploi et à consolider les principes de transparence et de concurrence loyale dans un marché cinématographique en pleine mutation. Plus qu’une simple réorganisation administrative, la loi ambitionne de doter le pays d’un modèle économique distinctif, capable de hisser le cinéma marocain au rang des industries culturelles les plus dynamiques de la région.
Cette réforme a été préparée dans un esprit participatif. Entre janvier et février 2025, un deuxième cycle de consultations a réuni producteurs, distributeurs, exploitants de salles, organisateurs de festivals, techniciens et créateurs de films d’animation. Ces échanges ont débouché sur une série de recommandations concrètes, intégrées dans les décrets d’application publiés par la suite. Ces derniers définissent les règles relatives au registre national du cinéma, aux conditions d’exercice de la production, aux procédures d’importation et d’exportation des films, aux visas d’exploitation commerciale et culturelle, ainsi qu’à la création d’un label studio et à l’attribution des cartes professionnelles.
Si les autorisations de tournage déjà délivrées demeurent valables jusqu’à la fin des périodes prévues, les acteurs du secteur disposent désormais de délais clairs pour se mettre en conformité. Les sociétés de production, de distribution et d’exploitation disposent d’une année, soit jusqu’au 31 août 2026, pour aligner leurs activités sur le nouveau cadre légal. Quant aux professionnels détenteurs de cartes délivrées dans le cadre de l’ancienne loi n°20.99, ils auront jusqu’au 31 août 2030 pour obtenir leur régularisation.
En parallèle, le dispositif public de soutien à la production, à la modernisation des salles de cinéma, à la numérisation et aux festivals reste maintenu, garantissant une continuité essentielle pour la vitalité du secteur. Le CCM insiste cependant sur l’importance d’un engagement collectif : il invite les organisations professionnelles à intensifier la sensibilisation auprès de l’ensemble des acteurs pour assurer une transition fluide et une mise en œuvre harmonieuse des nouvelles règles.
Cette réforme ne se limite pas à un ajustement juridique. Elle traduit la volonté du Maroc d’inscrire durablement son cinéma dans une dynamique internationale, en améliorant la qualité des œuvres et en renforçant leur visibilité à l’étranger. Dans un contexte où le pays attire de plus en plus de tournages internationaux et voit émerger une nouvelle génération de cinéastes locaux, la loi n°18.23 s’affirme comme un levier stratégique pour consolider l’identité culturelle marocaine et son rayonnement mondial.
Le CCM, réaffirmant sa mission de service public, assure mettre à disposition ses ressources humaines et administratives afin d’accompagner les professionnels à chaque étape de cette transition. Le succès de cette réforme dépendra désormais de la capacité des différents acteurs à s’approprier les nouvelles règles et à transformer ces ambitions législatives en véritables réussites artistiques et économiques.


