Longtemps considéré comme l’un des visages familiers du football africain, Claude Le Roy semble aujourd’hui évoluer à contre-courant d’un continent qu’il a pourtant largement contribué à façonner.
Désormais omniprésent sur les plateaux télévisés, l’ancien sélectionneur multiplie les prises de position à charge contre le Maroc, dans un registre qui interroge autant sur le fond que sur les ressorts personnels d’un tel discours.
Car derrière ses interventions, ce ne sont plus seulement des analyses sportives qui émergent, mais une grille de lecture souvent approximative, mêlant soupçons, raccourcis juridiques et critiques généralisées. Une posture qui tranche avec l’exigence croissante de professionnalisation et de rigueur qui caractérise aujourd’hui les instances du football africain.
Une lecture contestée du droit sportif
Au cœur de la polémique, la décision de la Commission d’appel de la CAF, que Claude Le Roy qualifie de « hasardeuse ». Une interprétation qui ne résiste pas à l’examen des faits. L’organe en question, à caractère juridictionnel et présidé par un magistrat, a statué sur la base des articles 82 et 84 du règlement, dans le cadre d’une procédure d’appel classique.
Contrairement aux affirmations relayées sur certains plateaux, il ne s’agit ni d’une décision politique, ni d’une manœuvre d’influence. Le droit a été appliqué à partir d’un élément central : la sortie collective des joueurs sénégalais de l’aire de jeu, un fait consigné et déterminant dans l’analyse juridique du dossier.
L’argument d’un délai de traitement jugé excessif apparaît, lui aussi, discutable. Les procédures disciplinaires, qu’elles soient africaines ou européennes, obéissent à des temporalités incompressibles. La justice sportive ne se rend ni dans l’urgence médiatique, ni sous pression émotionnelle.
Entre approximations et contre-vérités
Plus préoccupant encore, certaines affirmations relèvent d’une lecture erronée des règlements. L’évocation d’une supposée « règle des 15 minutes », inexistante dans le contexte évoqué, en est une illustration. Cette disposition concerne exclusivement l’absence d’une équipe au coup d’envoi, et non l’abandon de terrain en cours de match.
De même, réduire l’incident à une simple sanction disciplinaire – un carton jaune collectif sans incidence – occulte des éléments déterminants. Un penalty restait à tirer, et une prolongation demeurait envisageable. L’application stricte du règlement aurait ainsi pu modifier substantiellement l’issue de la rencontre, notamment en entraînant des expulsions côté sénégalais.
Sur un autre registre, les déclarations concernant la CAN féminine participent également à entretenir une confusion. Contrairement à ce qui a été avancé, la compétition n’a pas été annulée in extremis par la CAF, mais reportée à la demande de la fédération marocaine, pour des raisons logistiques liées à un calendrier international dense.
Une posture révélatrice d’un malaise plus profond
Au-delà des erreurs factuelles, c’est le ton et la posture qui interrogent. Le discours développé par Claude Le Roy semble parfois empreint d’une vision datée du football africain, où l’intuition primerait sur la règle, et où les décisions institutionnelles seraient systématiquement suspectées d’arrière-pensées.
Cette lecture, en décalage avec les mutations en cours, alimente un récit où la progression des structures africaines est perçue non comme une évolution, mais comme une anomalie. Une perception qui tranche avec les efforts engagés ces dernières années pour renforcer la gouvernance, la transparence et la crédibilité des compétitions.
Certains observateurs y voient également l’expression d’une frustration personnelle. L’ancien technicien, qui n’a jamais pris les rênes de la sélection marocaine malgré une longue carrière sur le continent, adopterait aujourd’hui une posture plus critique, voire vindicative, à l’égard d’un pays devenu central dans l’écosystème du football africain.
Le tournant d’un football africain en mutation
En filigrane, cette controverse met en lumière un changement d’époque. Le football africain, longtemps marqué par des pratiques informelles et des zones grises, tend désormais vers une structuration plus rigoureuse, où le droit et les procédures occupent une place centrale.
La décision de la CAF, bien que contestée dans l’opinion, s’inscrit dans cette logique : faire primer le règlement sur les considérations émotionnelles ou médiatiques. Une évolution nécessaire pour asseoir la crédibilité des compétitions à l’échelle internationale.
Reste que le dossier pourrait connaître un nouveau rebondissement devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne. Au-delà du verdict final, l’enjeu dépasse le simple résultat d’un match : il s’agit de définir les contours d’une justice sportive cohérente, capable de s’imposer à tous, sans exception.
Dans ce contexte, les prises de parole publiques gagnent à s’inscrire dans une analyse rigoureuse et documentée. À défaut, elles risquent davantage de nourrir la confusion que d’éclairer le débat.

