Le Maroc confirme son rôle stratégique sur le marché du cobalt dans la région MENA, concentrant à lui seul 91 % de la production et de la consommation régionales. En 2024, le royaume a absorbé près de 234 000 tonnes de ce minerai essentiel, devançant largement Oman et les Émirats arabes unis, selon un rapport d’IndexBox. Cette position dominante traduit non seulement la richesse du sous-sol marocain mais aussi l’importance croissante de ce métal dans les industries de pointe, notamment les batteries électriques, la transition énergétique et les technologies vertes.
La consommation régionale s’est établie à 258 000 tonnes en 2024, pour une valeur estimée à 2,4 milliards de dollars, soit près de 24 milliards de dirhams. Sur ce total, le marché marocain a représenté à lui seul près de 1,9 milliard de dollars, confirmant son poids économique majeur. À titre comparatif, Oman, deuxième acteur de la région, n’a pas dépassé 525 millions de dollars. Cette avance s’explique par la capacité du Maroc à maintenir une production régulière et une demande soutenue, tant au niveau industriel qu’au regard de ses exportations indirectes intégrées dans les chaînes de valeur mondiales.
La production régionale a atteint 256 000 tonnes en 2024, un niveau proche de celui de l’année précédente. Le Maroc en constitue l’épine dorsale avec plus de 233 000 tonnes, soit 91 % du total, loin devant Oman qui n’a produit que 23 000 tonnes. Sur la période 2013-2024, la production marocaine a progressé à un rythme moyen de 1,4 % par an, avec un pic remarquable enregistré en 2017, lorsque la hausse avait atteint 39 % en volume et 35 % en valeur. Cette dynamique illustre la capacité du secteur minier marocain à s’adapter aux fluctuations mondiales tout en consolidant ses parts de marché.
Au-delà de la production, le Maroc se distingue également par sa consommation par habitant, la plus élevée de la région, avec 6,1 kilogrammes par personne, contre 4,2 kilogrammes pour Oman. Cette donnée reflète le rôle central du cobalt dans le tissu industriel du pays, notamment dans les filières liées à l’automobile électrique et aux énergies renouvelables, secteurs où le royaume a choisi d’investir massivement pour renforcer son positionnement international.
Sur le plan commercial, les importations régionales de minerai de cobalt ont atteint 1 400 tonnes en 2024, dont 86 % absorbés par le Maroc. Le pays a importé près de 1 200 tonnes, principalement pour répondre aux besoins spécifiques de son industrie de transformation. Le coût moyen d’importation s’est établi à 3 566 dollars la tonne, nettement inférieur à celui des Émirats arabes unis, qui a atteint plus de 9 000 dollars. Cette maîtrise des coûts témoigne d’une gestion rigoureuse de la chaîne d’approvisionnement et d’un ancrage compétitif sur les marchés mondiaux.
En revanche, les exportations régionales de minerai brut demeurent limitées. En 2024, elles ne se sont élevées qu’à 6,7 tonnes, un chiffre dérisoire comparé aux 4 900 tonnes exportées en 2013. Le Maroc n’a expédié que 201 kilogrammes, mais avec un taux de progression spectaculaire sur la décennie, atteignant +86 % par an en moyenne. Bien que marginales, ces exportations montrent la volonté du pays de diversifier ses débouchés et de valoriser davantage son minerai sur les marchés internationaux.
Les perspectives pour les prochaines années confirment cette trajectoire ascendante. Selon IndexBox, la demande régionale devrait atteindre 321 000 tonnes à l’horizon 2035, pour une valeur estimée à 3,3 milliards de dollars. Cette croissance soutenue, estimée à +2 % par an en volume et +2,9 % en valeur, devrait conforter le Maroc dans sa place de leader et renforcer son rôle dans la transition énergétique mondiale. Dans un contexte où le cobalt devient un minerai stratégique au même titre que le lithium, la position du royaume apparaît comme un atout géopolitique et économique de premier plan.
Le Maroc s’affirme ainsi non seulement comme le moteur du cobalt dans la région MENA mais aussi comme un acteur incontournable dans les chaînes d’approvisionnement internationales liées à la mobilité durable et à l’innovation technologique. Ce leadership ne se mesure pas seulement en tonnes produites ou consommées, mais aussi en influence stratégique sur les marchés mondiaux à l’heure où le cobalt devient un pilier de la croissance verte.

