L’optimisme progresse, timidement mais nettement, dans les foyers marocains. À la fin de l’année 2025, l’Indice de Confiance des Ménages (ICM) atteint 57,6 points, son niveau le plus élevé depuis plusieurs trimestres. Publiée par le Haut-Commissariat au Plan, l’enquête de conjoncture du quatrième trimestre confirme une amélioration sensible du moral des ménages, aussi bien par rapport au trimestre précédent que sur un an. Cette embellie reste toutefois fragile, car elle cohabite avec des perceptions encore largement négatives sur le niveau de vie, le chômage et les prix alimentaires.
Par rapport au troisième trimestre 2025, l’ICM progresse de quatre points, passant de 53,6 à 57,6. En un an, le gain est plus marqué : +11,1 points. Cette évolution traduit un léger desserrement des tensions ressenties par les ménages, après plusieurs années marquées par l’inflation, la pression sur le pouvoir d’achat et l’incertitude économique.
Dans le détail, la perception du niveau de vie demeure préoccupante. Près de 78 % des ménages estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois. Seuls 5,3 % évoquent une amélioration. Le solde d’opinion reste profondément négatif, à –72,5 points, même s’il s’améliore marginalement par rapport aux trimestres précédents. Les anticipations sont un peu moins sombres : 49,4 % des ménages s’attendent encore à une dégradation du niveau de vie dans l’année à venir, mais cette proportion recule, traduisant un climat d’attente moins pessimiste.
Le regard porté sur le marché de l’emploi évolue également dans le bon sens. Si la majorité des ménages continue de redouter une hausse du chômage, le solde d’opinion s’améliore nettement, passant de –56,4 points au troisième trimestre à –47,7 points fin 2025. Cette inflexion suggère que les inquiétudes liées à l’emploi restent fortes, mais qu’elles s’atténuent progressivement.
Concernant la consommation, le contexte reste jugé peu favorable aux achats de biens durables. Plus de 67 % des ménages estiment que le moment n’est pas opportun pour investir dans ce type de dépenses. Là encore, le solde d’opinion demeure négatif (–52,9 points), même s’il affiche une amélioration par rapport à 2024. La prudence continue de dominer les comportements d’achat.
La situation financière des ménages montre des signes contrastés. Un peu plus de 58 % déclarent que leurs revenus couvrent leurs dépenses, tandis que près de 40 % doivent recourir à l’endettement ou à l’épargne. Les perceptions sur l’évolution future de la situation financière s’améliorent sensiblement : le solde d’opinion remonte à –4,2 points, contre –16,3 points un an plus tôt. Cette quasi-stabilisation traduit l’espoir d’un rééquilibrage progressif des budgets domestiques.
L’inflation alimentaire reste, en revanche, un sujet central d’inquiétude. 91,7 % des ménages constatent une hausse des prix des produits alimentaires sur les douze derniers mois. Même si le rythme perçu de cette hausse ralentit, les anticipations restent défavorables : trois ménages sur quatre s’attendent à une nouvelle augmentation des prix en 2026. La capacité future d’épargne demeure très limitée, avec près de 90 % des ménages qui estiment ne pas pouvoir épargner dans l’année à venir.
Sur le plan plus structurel, l’enquête annuelle met en lumière des perceptions contrastées des services publics. En 2025, une majorité de ménages juge que la qualité des prestations administratives s’est améliorée, même si cet optimisme recule par rapport à 2024. Les opinions sur la protection de l’environnement et la situation des droits de l’Homme enregistrent également un léger repli. À l’inverse, la perception de la qualité des services de l’enseignement progresse, tandis que celle des services de santé continue de se détériorer.
Au final, la hausse de l’Indice de Confiance des Ménages au quatrième trimestre 2025 reflète une amélioration du climat psychologique, plus qu’un véritable retournement économique. Les signaux positifs existent, mais ils restent fragiles et inégalement répartis. Le moral des ménages se redresse, sans encore effacer les tensions structurelles qui pèsent sur le pouvoir d’achat et les conditions de vie.

