La guerre au Moyen-Orient perturbe fortement le marché mondial des engrais et ravive les craintes autour de la sécurité alimentaire.
Depuis l’escalade impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, plusieurs installations industrielles du Golfe ont été mises à l’arrêt, tandis que le trafic maritime reste fortement ralenti dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce des fertilisants. Cette paralysie logistique entraîne une hausse rapide des prix et fragilise les chaînes d’approvisionnement agricoles à l’échelle internationale.
La région du Golfe joue un rôle clé dans la production mondiale d’engrais. Elle fournit près de la moitié du soufre commercialisé dans le monde, environ un tiers de l’urée — fertilisant azoté indispensable aux grandes cultures — et une part importante de l’ammoniac. Des complexes industriels ont dû interrompre leur activité, notamment au Qatar, réduisant brutalement l’offre disponible sur les marchés internationaux.
Les grandes puissances agricoles ressentent déjà les effets de cette tension. Le Brésil, premier producteur mondial de soja, dépend fortement des importations d’urée en provenance du Golfe. L’Inde s’approvisionne massivement en phosphates saoudiens pour soutenir sa production céréalière, tandis que plusieurs pays asiatiques importent une large part de leurs besoins en ammoniac depuis cette zone stratégique.
L’Europe, moins dépendante en apparence, subit néanmoins des répercussions indirectes. Le Maroc, acteur majeur des engrais phosphatés, reste tributaire du soufre du Golfe pour transformer ses ressources minières. De son côté, l’Union européenne importe une part significative de son urée depuis l’Égypte, où la flambée des prix du gaz renchérit fortement les coûts de production des fertilisants.
Le gaz naturel constitue l’élément central dans la fabrication des engrais azotés. La hausse des prix de l’énergie alourdit donc mécaniquement la facture pour les agriculteurs, avec un risque de répercussion sur les prix alimentaires. Plusieurs pays producteurs tentent de préserver leurs capacités industrielles en rationnant le gaz, tandis que certaines usines asiatiques ont temporairement suspendu leur activité.
Face à cette situation, l’Organisation des Nations unies alerte sur les difficultés d’accès aux engrais pour les pays en développement. Le Programme alimentaire mondial craint une aggravation des déséquilibres alimentaires dans les régions les plus vulnérables.
À court terme, les stocks permettent d’éviter une rupture immédiate. Mais si le conflit se prolonge, les prochaines campagnes agricoles pourraient être affectées, notamment dans l’hémisphère Sud. Cette crise rappelle la dépendance mondiale à quelques régions stratégiques pour des ressources indispensables à la production alimentaire.


