Crise au Moyen-Orient : Pedro Sánchez bloque l’utilisation des bases militaires espagnoles contre l’Iran
Le gouvernement espagnol a refusé d’autoriser les États-Unis à utiliser les bases militaires de Rota et de Morón de la Frontera dans le cadre de l’offensive en cours contre l’Iran.
La décision, confirmée par Madrid, a entraîné le départ de quinze avions ravitailleurs américains stationnés dans le sud de l’Espagne. Elle marque une prise de distance claire vis-à-vis de l’opération menée par Washington et ses alliés au Moyen-Orient.
Le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, a exprimé son opposition à toute implication espagnole dans une intervention qu’il juge contraire au droit international. « On peut être contre le régime iranien et en même temps rejeter une action militaire », a-t-il déclaré, estimant que l’escalade actuelle comporte des risques pour la stabilité régionale.
La ministre de la Défense, Margarita Robles, a précisé que les installations de Base navale de Rota et de Base aérienne de Morón, exploitées conjointement par Madrid et Washington en vertu d’un accord bilatéral signé en 1988, ne peuvent être utilisées que dans un cadre conforme au droit international et aux engagements approuvés par l’Espagne. Selon elle, aucune aide logistique n’a été fournie pour l’attaque américaine contre l’Iran. Washington a ensuite décidé de redéployer ses appareils vers d’autres bases en Europe.
Ces deux infrastructures stratégiques jouent un rôle central dans le dispositif militaire américain en direction du Moyen-Orient. Elles servent régulièrement de points d’escale pour les troupes, les équipements et les avions ravitailleurs. Leur utilisation dans des opérations sensibles a déjà suscité des débats en Espagne, notamment lors des précédentes tensions entre Israël et l’Iran.
La position espagnole contraste avec celle d’autres capitales européennes. Paris, Berlin et Londres ont annoncé coordonner leurs actions avec Washington et se sont dits prêts à adopter des mesures défensives pour contenir les capacités balistiques iraniennes. Le Royaume-Uni, après des hésitations initiales, a finalement autorisé l’usage de ses bases dans le cadre de ce qu’il qualifie d’« autodéfense collective ».
Madrid insiste toutefois sur une ligne diplomatique axée sur la désescalade. Le ministre des Affaires étrangères a plaidé pour que l’Union européenne fasse entendre « une voix d’équilibre et de modération », privilégiant le dialogue et le retour à la table des négociations. L’ambassadeur d’Iran en Espagne a été convoqué afin de signifier la condamnation des frappes iraniennes contre des pays de la région, tout en réaffirmant l’attachement de l’Espagne à une solution politique.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large de relations parfois tendues entre Madrid et Washington. Les débats sur le niveau des dépenses militaires, notamment l’objectif de 2 % du PIB fixé par l’OTAN, ont récemment alimenté des divergences. Le gouvernement espagnol défend une approche équilibrée entre engagements internationaux et priorités internes.
Pour l’heure, aucune évacuation massive des ressortissants espagnols présents au Moyen-Orient n’est envisagée. Les autorités recommandent néanmoins la vigilance et le respect strict des consignes des représentations diplomatiques.
En refusant l’utilisation de ses bases militaires pour l’offensive contre l’Iran, l’Espagne affirme ainsi une position autonome au sein du camp occidental : soutien aux partenaires attaqués, mais refus d’une participation directe à une opération jugée unilatérale. Une ligne diplomatique qui vise à préserver les équilibres, dans un contexte régional déjà hautement volatil.


