Un tournant décisif semble avoir été franchi dans les relations entre la France et l’Algérie. Le chef de l’État français Emmanuel Macron a demandé ce mercredi 6 août à son gouvernement d’adopter une attitude plus rigoureuse face à ce qu’il qualifie de blocages persistants dans les échanges bilatéraux. Un message clair adressé à Alger, dans un contexte de tensions croissantes.
Dans une correspondance adressée au Premier ministre François Bayrou, Macron a appelé à « faire preuve de fermeté » face à l’attitude d’Alger, évoquant des mesures concrètes comme la suspension d’un accord bilatéral datant de 2013 sur les exemptions de visas accordées aux détenteurs de passeports officiels et diplomatiques. Cette décision a suscité une vive réaction de la part des autorités algériennes, qui accusent Paris de se défausser de ses engagements et de rompre unilatéralement un protocole dont elle avait pourtant été l’initiatrice.
La fin d’une approche conciliante
Cette prise de position tranche avec la stratégie initiale d’Emmanuel Macron, marquée par une volonté d’apaisement à son arrivée à l’Élysée en 2017. À l’époque, le président fraîchement élu avait adopté un ton inédit, en reconnaissant la colonisation comme un « crime contre l’humanité » déclaration qui avait alors suscité un tollé au sein de la droite française.
En 2021, l’exécutif français avait même commandé un rapport sur les mémoires de la colonisation, confié à l’historien Benjamin Stora. Ce document proposait plusieurs gestes symboliques, comme l’entrée au Panthéon de Gisèle Halimi ou encore la reconnaissance officielle de l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel en 1957.
Mais les événements récents ont rebattu les cartes. Le soutien exprimé par Emmanuel Macron au plan marocain d’autonomie au Sahara, en juillet 2024, a été perçu comme une provocation directe par Alger, fervent défenseur du front séparatiste du Polisario. Depuis, les signes d’un effondrement progressif des liens diplomatiques se sont multipliés : expulsions de diplomates, rappels d’ambassadeurs, refus algérien de coopérer sur les expulsions de ressortissants en situation irrégulière en France, ou encore réduction significative des délivrances de visas par les autorités françaises.
Une posture assumée, mais risquée
Les nouvelles directives d’Emmanuel Macron marquent un virage assumé vers une ligne plus dure, longtemps incarnée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Un positionnement qui reflète un agacement croissant face à l’absence de progrès dans le dialogue avec Alger.
Pour Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, cette nouvelle posture est l’aveu d’un échec de la diplomatie de Paris. Selon lui, la stratégie d’apaisement a atteint ses limites et le président prend acte d’un constat d’impuissance : « Nous sommes dans une impasse totale », a-t-il résumé sur Europe 1.
Cependant, ce virage est loin de faire l’unanimité. Des observateurs mettent en garde contre une approche frontale peu susceptible de porter ses fruits. Une source algérienne, citée par Le Figaro, souligne que l’Algérie « ne plie pas sous la pression ». De son côté, la politologue Khadija Mohsen-Finan estime qu’une reprise du dialogue diplomatique sera tôt ou tard inévitable, soulignant l’inutilité d’un discours belliqueux dans ce type de dossier.
Une réconciliation encore lointaine
Malgré ce durcissement, le Premier ministre François Bayrou a tenté de nuancer les propos présidentiels en affirmant que Paris n’était pas dans une logique de confrontation permanente. Il a exprimé l’espoir de renouer un jour des relations équilibrées avec l’Algérie. Un objectif qui, au vu des dernières passes d’armes, paraît encore très éloigné.

