La croissance mondiale devrait atteindre 3,3 % en 2026, selon la dernière mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale publiée ce lundi 19 janvier par le Fonds monétaire international. Une révision à la hausse de 0,2 point par rapport aux prévisions d’octobre 2025, qui confirme la capacité de l’économie mondiale à encaisser les chocs récents, malgré un environnement géopolitique instable et des tensions commerciales encore latentes. Pour 2025, le FMI table également sur 3,3 %, avant un léger repli à 3,2 % en 2027, dessinant non pas une accélération, mais une phase de stabilisation à un niveau historiquement solide.
Cette trajectoire repose sur ce que le chef économiste du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, qualifie de « résilience surprenante ». Après les secousses provoquées par les hausses tarifaires américaines de 2025, l’économie mondiale a progressivement absorbé le choc. Les entreprises ont réorganisé leurs chaînes d’approvisionnement, diversifié leurs débouchés et adapté leurs accords commerciaux. Le taux effectif des droits de douane américains, qui avait frôlé 25 % au plus fort des tensions, est désormais estimé à 18,5 %, un reflux jugé suffisant pour desserrer l’étau sur le commerce international.
Le moteur principal de cette révision positive reste toutefois les États-Unis. Le FMI relève de 0,3 point sa prévision de croissance américaine pour 2026, à 2,4 %, portée par une vague d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Centres de données, semi-conducteurs de nouvelle génération et infrastructures énergétiques dédiées à l’IA alimentent une dynamique d’investissement rarement observée depuis le début des années 2000. Dans un billet de blog accompagnant la mise à jour, Pierre-Olivier Gourinchas et Tobias Adrian soulignent que la part de l’investissement informatique dans la production américaine a atteint son plus haut niveau depuis 2001, avec des effets d’entraînement bien au-delà des frontières américaines, notamment en Asie via les exportations technologiques.
Cette montée en puissance de l’IA irrigue également d’autres économies avancées. En Espagne, la prévision de croissance pour 2026 est relevée à 2,3 %, tandis que le Royaume-Uni maintient une trajectoire plus modérée à 1,3 %. Dans la zone euro, la croissance est désormais attendue à 1,3 % en 2026, soutenue par l’augmentation des dépenses publiques en Allemagne et par la bonne tenue de pays comme l’Irlande. Le Japon bénéficie aussi d’un léger ajustement à la hausse, en lien avec le plan de relance budgétaire de son nouveau gouvernement.
La Chine figure parmi les grandes économies dont les perspectives ont été sensiblement améliorées. Le FMI anticipe 4,5 % de croissance en 2026, soit 0,3 point de plus qu’en octobre. Cette révision tient à la réduction temporaire de dix points des droits de douane américains sur les biens chinois et à la capacité de Pékin à rediriger une partie de ses exportations vers l’Asie du Sud-Est et l’Europe. Pour autant, le FMI alerte sur la fragilité d’un modèle encore très dépendant des débouchés extérieurs, dans un contexte où le protectionnisme reste une menace structurelle, notamment sous l’ombre persistante des choix commerciaux de Donald Trump.
L’enthousiasme autour de l’IA n’est cependant pas exempt de risques. Aux États-Unis, la capitalisation boursière représente désormais 226 % du PIB, contre 132 % en 2001. Une valorisation qui expose l’économie à un choc de marché : une correction, même limitée, pourrait peser sur la consommation via l’effet richesse, d’autant que la hausse des actifs financiers a été largement tirée par les valeurs technologiques. Le FMI évoque explicitement le risque d’une réévaluation excessive des gains de productivité attendus de l’IA, susceptible de provoquer un repli brutal de l’investissement si les promesses ne se matérialisent pas.
À ces vulnérabilités financières s’ajoutent des incertitudes politiques et géopolitiques. Une éventuelle décision défavorable de la Cour suprême américaine sur la légalité de certains droits de douane pourrait raviver l’instabilité commerciale. Les tensions géopolitiques persistantes, les différends commerciaux non résolus et la pression des déficits publics sur les taux d’intérêt de long terme figurent également parmi les facteurs susceptibles d’enrayer la dynamique actuelle.
Sur le front des prix, le FMI se veut plus confiant. L’inflation mondiale devrait poursuivre sa décrue, passant de 4,1 % en 2025 à 3,8 % en 2026, puis à 3,4 % en 2027. Une évolution qui ouvre la voie à des politiques monétaires moins restrictives et offre un soutien supplémentaire à l’activité, à condition que les tensions inflationnistes liées à l’essor rapide de l’IA restent contenues.
Si l’institution de Washington voit dans l’intelligence artificielle un levier majeur de croissance, elle rappelle que son impact dépendra de la vitesse d’adoption réelle et de la capacité des économies à transformer l’investissement en gains de productivité durables. À ce titre, le FMI estime que l’IA pourrait ajouter 0,3 point à la croissance mondiale en 2026, puis entre 0,1 et 0,8 point par an à moyen terme. Une promesse considérable, mais encore conditionnée à l’équilibre délicat entre innovation, stabilité financière et coopération commerciale.

