Au Maroc, l’intérêt pour les actifs numériques ne cesse de progresser. Selon une étude récente de HelloSafe, environ 16 % des Marocains détiennent aujourd’hui des cryptomonnaies, soit une progression notable par rapport à 2019, où cette proportion avoisinait 10 %. Cette évolution représente près de 2,5 millions de nouveaux investisseurs en l’espace de cinq ans, illustrant l’attrait grandissant pour ces instruments financiers numériques malgré un cadre réglementaire encore restrictif dans le Royaume.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement mondial marqué par l’essor des technologies blockchain et la multiplication des plateformes d’échange accessibles au grand public. Au Maroc, la démocratisation des applications de trading a largement contribué à élargir la base d’utilisateurs. En quelques clics, il est désormais possible d’acheter ou d’échanger des actifs numériques comme le bitcoin ou l’ether, une simplicité d’accès qui séduit particulièrement les jeunes investisseurs et les profils familiers de l’économie numérique.
L’engouement pour les cryptomonnaies s’explique aussi par leur image d’alternative financière dans un environnement économique international marqué par les incertitudes. Pour certains épargnants, ces actifs représentent une manière de diversifier leurs placements ou de se prémunir contre les fluctuations monétaires et l’inflation mondiale. Cette perception contribue à nourrir un marché informel actif, où les transactions se poursuivent malgré les restrictions officielles.
Car sur le plan juridique, le Maroc maintient une position prudente. Depuis 2017, Bank Al-Maghrib et Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) considèrent l’usage des cryptomonnaies comme illégal dans les transactions financières. Les autorités mettent en avant la forte volatilité de ces actifs ainsi que les risques de fraude, de blanchiment d’argent ou d’utilisation dans des activités illicites.
Cette interdiction n’a toutefois pas empêché la diffusion progressive des cryptomonnaies dans le pays. De nombreux investisseurs marocains contournent les restrictions en utilisant des plateformes étrangères ou en réalisant des transactions de gré à gré, un phénomène qui complique la mesure précise du volume réel des échanges.
Conscients de cette réalité, les régulateurs marocains explorent désormais la possibilité d’un encadrement plus structuré. Bank Al-Maghrib a ainsi indiqué travailler depuis 2023 sur un projet de réglementation inspiré de certaines expériences européennes et asiatiques. L’objectif serait de mettre en place un cadre légal permettant de sécuriser les transactions tout en accompagnant le développement de l’innovation financière.
Dans ce contexte, la montée en puissance des cryptomonnaies au Maroc illustre un décalage croissant entre l’évolution rapide des usages numériques et un cadre réglementaire encore en construction. Entre prudence institutionnelle et adoption populaire, le pays se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins dans l’intégration de ces nouveaux instruments financiers.

