Entre invectives publiques et accusations de corruption, Ahmed Touizi, figure du PAM et président de la commune d’Aït Ourir, se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une tempête politique. Après ses déclarations explosives sur la farine « mélangée au papier », le parlementaire fait désormais face à de vives critiques pour avoir interrompu, avec fracas, une conférence sur la lutte contre la corruption.
La soirée du dimanche 2 novembre à Aït Ourir, petite ville de la province d’Al Haouz, devait être consacrée à un débat citoyen sur la transparence et la bonne gouvernance. Elle s’est finalement transformée en un tumulte. Selon plusieurs témoignages, Ahmed Touizi, chef du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM) et président de la commune, aurait fait irruption dans la salle accompagné d’un groupe de partisans, interrompant une conférence animée par l’avocat Mohamed Ghalloussi, président de l’Association marocaine pour la protection des biens publics (AMPBP).
Ghalloussi affirme que le député a mené cette intrusion de manière délibérée, multipliant cris et invectives, au point de semer la panique parmi les participants. « Il a transformé une rencontre citoyenne en scène d’intimidation », dénonce le juriste, qui dit avoir tenté d’alerter le procureur du Roi de Marrakech face à la tournure inquiétante de l’événement.
Sur les réseaux sociaux, le président de l’AMPBP s’est indigné d’un « acte d’arrogance politique », estimant que cette attitude reflète « le sentiment d’impunité dont jouissent certains responsables ». Il a ajouté que la commune dirigée par Touizi « reste plongée dans une stagnation chronique » malgré ses quatre mandats consécutifs, et accusé l’élu de gérer le territoire « comme un domaine personnel ».
Les propos auraient par ailleurs dépassé la simple opposition verbale. Le militant évoque des insultes ciblées et des remarques à caractère discriminatoire. Ces accusations ont aussitôt suscité un flot de réactions sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont dénoncé une atteinte flagrante à la liberté d’expression et au débat public.
Ni Ahmed Touizi ni le PAM n’ont réagi publiquement jusqu’à présent. Mais cette affaire intervient dans un contexte où le député du « tracteur » n’en finit pas d’alimenter la polémique. Quelques jours plus tôt, il s’était déjà attiré l’attention nationale lors d’une séance parlementaire houleuse consacrée à l’examen du budget 2026. Devant la ministre de l’Économie, Nadia Fettah, et le ministre délégué au Budget, Fouzi Lekjaa, Touizi avait accusé certaines minoteries de « moudre du papier » et de le mélanger à la farine subventionnée.
Des propos qui avaient provoqué une onde de choc jusque dans les couloirs de la Commission des finances, poussant le parlementaire à se rétracter quelques heures plus tard. Il avait alors expliqué que son expression était purement métaphorique, une manière imagée de dénoncer les fraudes dans le système de subventions. L’argument n’a toutefois pas suffi à désamorcer la controverse : le parquet général près la cour d’appel de Rabat a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces allégations, entraînant par la suite des mesures à l’encontre de plusieurs meuniers.
Ainsi, en l’espace d’une semaine, Ahmed Touizi est passé du rôle de pourfendeur de la corruption à celui d’accusé d’intimidation publique — un contraste saisissant qui relance le débat sur les dérives du pouvoir local et la fragilité du débat démocratique dans les communes marocaines.

