L’économie marocaine entamerait l’année 2026 sur une trajectoire globalement favorable, avec une croissance attendue à 4,2 % au premier trimestre en glissement annuel, contre 4 % à la fin de 2025. Cette progression, bien que modérée, traduirait un certain regain d’activité, dans un contexte international toujours contraignant, selon les dernières projections du Haut-Commissariat au Plan.
La dynamique serait principalement alimentée par les secteurs agricole et tertiaire, dont la contribution cumulée à la croissance atteindrait près de trois points. Le retour de conditions climatiques plus favorables et la vitalité des services permettraient ainsi de soutenir l’activité économique globale, alors que certains segments productifs restent exposés aux aléas extérieurs.
Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, l’activité poursuivrait son redressement à un rythme avoisinant 3,4 %. Cette évolution interviendrait après le ralentissement observé en fin d’année dernière, lié notamment aux perturbations causées par les intempéries de décembre, sans remettre en cause la tendance de fond.
À l’opposé, l’industrie manufacturière évoluerait à un rythme plus contenu, avec une croissance estimée à un peu plus de 3 %. Cette performance modérée refléterait la sensibilité persistante du secteur aux fluctuations de la demande internationale et aux tensions sur les marchés d’exportation.
Sur le plan externe, le HCP souligne que l’environnement économique demeure marqué par plusieurs facteurs de risque. La faiblesse prolongée de la demande européenne, combinée au relèvement des droits de douane américains et à la pression concurrentielle accrue des produits chinois, continuerait de limiter les débouchés à l’export pour les entreprises nationales.
À ces contraintes s’ajouterait un durcissement du cadre réglementaire en Europe. Les opérateurs marocains devraient composer à la fois avec la montée en puissance du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et avec de nouvelles dispositions françaises restreignant le recours à l’offshoring dans certaines activités, ce qui pèserait davantage sur la compétitivité extérieure.
Dans ce contexte, la progression des exportations de biens et services devrait ralentir à environ 3,9 % en rythme annuel, bien en deçà de la moyenne trimestrielle observée au cours des cinq dernières années. Cette décélération, amorcée dès le troisième trimestre 2025, confirmerait un essoufflement de la demande étrangère.
Face à ces vents contraires, les principaux leviers de la croissance resteraient d’origine interne. La demande intérieure poursuivrait sa progression, soutenue par la reprise agricole et par un environnement de prix relativement maîtrisé, contribuant à préserver le pouvoir d’achat des ménages.
L’amélioration notable du cumul pluviométrique, en hausse de 57 % durant les deux premiers mois de la campagne agricole 2025-2026, conjuguée aux mesures de soutien mises en place en faveur du monde rural, devrait favoriser l’emploi et les revenus agricoles. L’évolution de la pluviométrie au printemps, en particulier au mois de mars, demeurera toutefois déterminante.
Dans ces conditions, les dépenses de consommation des ménages progresseraient de près de 4 % au premier trimestre 2026. L’investissement conserverait, quant à lui, un rythme soutenu, avoisinant 9,8 %, tiré principalement par les dépenses publiques consacrées aux infrastructures.
Le Haut-Commissariat au Plan estime que la croissance au début de 2026 reposera sur un équilibre fragile entre des risques externes accentués et des facteurs internes de résilience. Si le ralentissement industriel et le durcissement réglementaire en Europe pourraient peser sur les exportations et aggraver le déficit commercial, des conditions climatiques favorables et la poursuite de l’effort d’investissement public seraient susceptibles d’atténuer ces effets et de soutenir l’activité économique nationale.

