Déclaration de Ryad Mezzour sur les Marocains du monde : la toile s’enflamme
Les propos récents du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, continuent de susciter un vif débat au sein de l’opinion publique, notamment parmi les Marocains résidant à l’étranger (MRE). Une déclaration prononcée lors d’une conférence à Casablanca a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux, relançant la discussion sur la place de la diaspora dans le développement du Maroc et sur la reconnaissance de son rôle économique et citoyen.
Le 27 février dernier, lors d’un échange avec des ingénieurs autour du positionnement de l’industrie marocaine dans un contexte international fragmenté, le ministre s’est interrogé publiquement sur la nécessité de remercier les MRE qui décident de rentrer au pays. « Tu es rentré chez toi, et alors ? C’est ton pays ! Est-ce que je dois te remercier parce que tu es rentré chez toi ? », a-t-il déclaré. Une autre phrase, « Reste là-bas », largement relayée en ligne, a particulièrement heurté une partie de la diaspora, qui y voit des propos jugés abrupts ou maladroits.
La séquence, rapidement devenue virale, a déclenché des réactions contrastées. Plusieurs entrepreneurs et membres de la communauté marocaine à l’étranger estiment que, si le fond du message peut être compris — l’idée que le retour au pays ne devrait pas être considéré comme une faveur — la forme employée a été perçue comme condescendante. Pour certains MRE qui choisissent de revenir au Maroc, souvent après avoir construit une carrière stable en Europe, la question n’est pas celle d’un privilège mais plutôt d’une reconnaissance symbolique et d’un accompagnement favorable à leur réintégration.
D’autres voix au sein de la diaspora défendent toutefois une lecture différente. Certains estiment que l’attachement à la patrie ne devrait pas dépendre d’une attente de remerciement et que contribuer au développement du pays relève d’un engagement naturel.
À ce sujet, Youssef Saoud, data analyste marocain basé aux États-Unis, estime que les critiques visant le ministre doivent être replacées dans une lecture plus large des dynamiques politiques et institutionnelles. Selon lui, une analyse des données et des tendances récentes montre que les perceptions autour de son action relèvent autant du débat public et médiatique que d’indicateurs objectifs de performance, invitant ainsi à examiner son bilan avec davantage de recul et de rigueur analytique.
Cette polémique intervient dans un contexte où le rôle des Marocains du monde reste central pour l’économie nationale. Les transferts financiers de la diaspora ont dépassé 117 milliards de dirhams en 2024, soit près de 8 % du produit intérieur brut. Au-delà de ces flux financiers, les MRE participent également au rayonnement du Maroc à l’international, en facilitant les échanges économiques, culturels et scientifiques entre le Royaume et leurs pays de résidence.
Dans ce climat de débat, plusieurs associations représentant les Marocains à l’étranger ont rappelé l’importance de leur contribution et appelé à davantage de considération institutionnelle. Certaines organisations ont même demandé des clarifications, voire des excuses officielles, estimant que les propos relayés ne reflètent pas la place stratégique qu’occupe la diaspora dans le projet national.


