La Trésorerie Générale du Royaume (TGR) a annoncé un déficit budgétaire de 55,5 milliards de dirhams (MMDH) à fin octobre 2025, contre 40,5 MMDH durant la même période de l’an dernier. Ce creusement du déficit reflète la combinaison d’une hausse soutenue des dépenses publiques et d’une progression significative des recettes ordinaires, dans un contexte économique marqué par la poursuite des grands chantiers de l’État.
Selon le Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques (BMSFP), ce solde négatif tient compte d’un résultat positif de 11,1 MMDH dégagé par les comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA). En parallèle, les recettes ordinaires brutes ont progressé de 16,4 % pour atteindre 340 MMDH, tandis que les dépenses ordinaires émises ont augmenté de 17,3 %, totalisant 315 MMDH. Le Trésor dégage ainsi un solde ordinaire positif de 25 MMDH, confirmant une dynamique favorable des revenus fiscaux et non fiscaux.
La hausse des recettes ordinaires provient principalement de la progression des impôts directs (+23,7 %), de la hausse des impôts indirects (+11,5 %) et de l’amélioration des recettes non fiscales (+16,2 %). Les droits de douane ont également augmenté de 4,8 %, tandis que les droits d’enregistrement et de timbre ont progressé de 10,9 %. Ces indicateurs traduisent la vigueur des contributions fiscales, soutenue par la reprise de l’activité économique et le renforcement des mesures de recouvrement.
Du côté des dépenses, la TGR fait état d’un volume global de 461,8 MMDH émis à fin octobre, soit une hausse de 12,2 % sur un an. Cette évolution s’explique par l’augmentation des dépenses de fonctionnement (+17,9 %) et des dépenses d’investissement (+12,3 %), partiellement compensée par la baisse de 1,7 % des charges de la dette budgétisée. Cette dernière recouvre un recul marqué des remboursements du principal (-10,4 %), contrebalancé par une hausse des intérêts de la dette (+13,3 %), qui atteignent 40,3 MMDH.
Les engagements de dépenses se sont élevés à 701,7 MMDH, traduisant un taux global d’engagement de 72 % et un taux d’émission sur engagements de 89 %. Ces chiffres témoignent d’un rythme soutenu d’exécution budgétaire, en phase avec les priorités nationales en matière d’investissement et de soutien à la relance.
Les comptes spéciaux du Trésor, véritables leviers de financement de politiques sectorielles, ont généré 172,1 MMDH de recettes, dont 24,7 MMDH provenant des charges communes d’investissement du budget général. Les dépenses des CST se sont établies à 162,3 MMDH, intégrant 6,1 MMDH de remboursements, dégrèvements et restitutions fiscaux, dégageant ainsi un solde positif de 9,9 MMDH.
Les SEGMA, qui regroupent les services publics gérés de manière autonome, affichent pour leur part une progression notable de leurs recettes, atteignant 2,66 MMDH (+20,6 %), tandis que leurs dépenses se sont fixées à 1,42 MMDH (+7,3 %).
À fin octobre, les recettes ordinaires ont été réalisées à 92,6 % des prévisions de la Loi de finances 2025, les dépenses ordinaires à 86 % et les dépenses d’investissement à 71,2 %. Ces taux traduisent une exécution budgétaire maîtrisée, mais sous tension, dans un contexte où l’État poursuit ses engagements en matière de réformes sociales, d’investissements publics et de soutien à la croissance économique.
La situation des finances publiques à fin octobre 2025 illustre un équilibre fragile entre la vigueur des recettes fiscales et la hausse continue des charges publiques. Le déficit budgétaire de 55,5 MMDH confirme la pression sur les équilibres financiers de l’État, mais aussi la résilience du modèle budgétaire marocain, soutenu par des recettes dynamiques et une gestion prudente des engagements.

