Le déficit commercial du Maroc s’est creusé à fin janvier 2026, atteignant 25,52 milliards de dirhams, en hausse de 5,1% par rapport à la même période de 2025. Selon les derniers indicateurs publiés par l’Office des Changes, cette aggravation résulte d’une quasi-stagnation des importations de biens, combinée à un recul des exportations, dans un contexte de recomposition sectorielle des échanges extérieurs.
Dans le détail, les importations de biens se sont établies à 60,02 milliards de dirhams, en progression limitée de 0,4% (+265 millions de dirhams). En face, les exportations ont reculé de 2,7%, à 34,5 milliards de dirhams, soit une contraction de près de 969 millions de dirhams sur un an. Conséquence directe : le taux de couverture a perdu 1,9 point pour s’établir à 57,5%, confirmant un déséquilibre persistant de la balance commerciale.
L’évolution des importations révèle des mouvements contrastés. Les produits finis de consommation progressent de 17,1% pour atteindre 15,51 milliards de dirhams. Cette hausse s’explique notamment par l’augmentation des achats de voitures de tourisme (+34,1%), de parties et pièces pour véhicules (+28,2%) ainsi que de médicaments et produits pharmaceutiques (+7,7%). Les produits finis d’équipement suivent la même tendance, en hausse de 12,9% à 15,39 milliards de dirhams, portés par l’acquisition d’avions, de véhicules utilitaires et de composants pour turboréacteurs.
Les produits bruts enregistrent la plus forte progression relative (+38,4% à 4,1 milliards de dirhams), stimulés par les importations de soufre brut et de ferraille. En revanche, plusieurs postes sont orientés à la baisse. Les produits alimentaires reculent de 15,4% à 6,98 milliards de dirhams, sous l’effet d’un repli des achats de sucre, d’animaux vivants et de pommes de terre, malgré une hausse des approvisionnements en blé (+12%). La facture énergétique poursuit également son repli (-19,5% à 6,85 milliards de dirhams), en raison principalement de la baisse des prix des hydrocarbures, même si les volumes importés ont progressé.
Du côté des exportations marocaines, le recul global masque des trajectoires divergentes. Les phosphates et dérivés accusent une chute marquée de 43,4%, à 3,15 milliards de dirhams, pénalisés par la diminution des ventes d’engrais naturels et chimiques ainsi que d’acide phosphorique. L’agriculture et l’agroalimentaire fléchissent de 9,5%, tandis que le textile et cuir recule de 5,9%, affecté notamment par la baisse des exportations de vêtements confectionnés. Le segment de l’électronique et de l’électricité enregistre également un léger repli (-3,8%).
À l’inverse, deux piliers industriels affichent une dynamique positive. Le secteur automobile progresse de 19,1%, soutenu par la hausse des ventes du segment de la construction et du câblage. L’aéronautique gagne 8,7%, grâce notamment à l’augmentation des exportations liées à l’assemblage, malgré un recul du segment EWIS. Ces performances atténuent partiellement la contraction enregistrée dans les secteurs traditionnels.
Parallèlement, la balance des services affiche un excédent en nette amélioration. Celui-ci atteint près de 14,05 milliards de dirhams, en hausse de 15,4%. Les exportations de services progressent de 11,6% à 26,3 milliards de dirhams, tandis que les importations augmentent de 7,6% à 12,25 milliards. Cette évolution contribue à amortir, en partie, la dégradation du déficit commercial des biens.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger s’établissent à 9,38 milliards de dirhams à fin janvier 2026, contre 9,45 milliards un an auparavant, soit un léger recul de 0,8%. Ce flux demeure toutefois un soutien structurel des équilibres extérieurs.
Au terme du premier mois de l’année, le commerce extérieur marocain présente ainsi un tableau nuancé : un déficit commercial en hausse, pénalisé par la baisse des exportations de phosphates et de certains secteurs traditionnels, mais compensé en partie par la vigueur de l’automobile, de l’aéronautique et des services. Les prochains mois diront si ces moteurs industriels suffiront à contenir la pression sur la balance commerciale.



