Les dépenses pharmaceutiques au Maroc poursuivent leur progression, portées par l’élargissement de la couverture médicale. En 2024, la dépense moyenne en médicaments atteint 642 dirhams par habitant, contre 588 dirhams en 2023 et 476 dirhams en 2020, soit une hausse de près de 35 % en quatre ans. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du système de santé, marqué par la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).
Selon les données du Conseil de la concurrence, les dépenses en médicaments remboursées par la CNSS et la CNOPS, hors automédication, ont frôlé 11,86 milliards de dirhams en 2024. La tendance s’inscrit dans la durée, avec une accélération nette à partir de 2022, année marquée par l’intégration massive de nouveaux assurés.
La CNSS concentre l’essentiel de cette hausse. En dix ans, ses dépenses en médicaments ont été multipliées par sept, passant de 1,17 milliard de dirhams en 2014 à 8,29 milliards en 2024. Cette progression découle directement de l’élargissement rapide de la base des assurés. Entre 2021 et 2024, leur nombre est passé de 8,6 millions à 24,7 millions, sous l’effet de la généralisation de l’AMO aux travailleurs non salariés et aux populations auparavant exclues.
Du côté de la CNOPS, la progression reste plus contenue mais continue. Les dépenses ont évolué de 1,97 milliard de dirhams en 2014 à 3,58 milliards en 2024, soit une augmentation de 81 %. Parallèlement, le nombre de bénéficiaires ayant recours aux médicaments a atteint 1,35 million, tandis que la population assurée reste stable autour de 3,1 millions.
Cette dynamique s’inscrit dans le chantier plus large de la couverture sanitaire universelle, accéléré depuis 2022. La réforme repose sur l’extension de l’AMO à l’ensemble des actifs, y compris les travailleurs indépendants, ainsi que sur l’intégration des anciens bénéficiaires du RAMED dans un régime contributif. Plus de 11 millions de personnes ont ainsi rejoint le dispositif, avec une prise en charge des cotisations assurée par l’État à travers le Fonds de cohésion sociale.
L’élargissement de la couverture médicale entraîne logiquement une augmentation de la consommation de soins et de médicaments. Pourtant, les niveaux de dépense restent encore limités. D’après les données du Conseil régional des pharmaciens d’officine du Sud, la consommation moyenne par habitant demeure bien en deçà des standards observés dans les pays développés.
À titre de comparaison, les dépenses annuelles en médicaments atteignent environ 17.060 dirhams par habitant aux États-Unis, 7.992 dirhams en Allemagne, 5.378 dirhams en France et 4.259 dirhams au Portugal en 2024. L’écart reste important, révélant à la fois un potentiel de progression et des contraintes liées au pouvoir d’achat et à l’accès aux soins.
La montée en charge du système pose désormais la question de l’équilibre entre accessibilité et maîtrise des coûts. La généralisation de la couverture médicale améliore l’accès aux traitements, tout en imposant une vigilance accrue sur la régulation du marché pharmaceutique et la soutenabilité des dépenses publiques.
À mesure que la réforme se déploie, la consommation de médicaments devrait continuer à augmenter, dans un contexte où l’enjeu reste de concilier équité, efficacité et viabilité financière du système de santé.

