Un groupe de chercheurs japonais vient d’être récompensé par un Ig Nobel Prize en biologie pour une découverte aussi surprenante qu’utile : peindre des vaches avec des rayures semblables à celles des zèbres permet de réduire considérablement les piqûres de mouches. Derrière l’aspect amusant de ce prix, se cache une recherche scientifique sérieuse, capable d’offrir des solutions alternatives aux pesticides.
Les scientifiques du Centre de recherche agricole d’Aichi, rejoints par des collègues du National Agriculture and Food Research Organization, ont mené une expérience originale en recouvrant des bovins japonais de larges rayures blanches tracées à la peinture à base d’eau. Les résultats ont été immédiats : les vaches rayées ont subi jusqu’à deux fois moins de piqûres de mouches que leurs congénères non peintes. Les chercheurs ont également observé que ces animaux passaient moins de temps à chasser les insectes par des mouvements brusques, signe d’un stress réduit.
Le problème des mouches piqueuses n’est pas anodin dans l’élevage. Ces insectes perturbent l’alimentation et le repos du bétail, provoquant une baisse de poids chez les bovins destinés à la viande et une diminution de la production laitière. Face à cette nuisance, les éleveurs s’appuient largement sur des insecticides. Mais cette pratique entraîne deux risques majeurs : le développement de résistances chez les insectes et la présence de résidus chimiques dans la viande et le lait. C’est précisément pour offrir une alternative plus durable que l’expérience des chercheurs prend toute sa valeur.
L’idée de peindre les vaches n’est pas née par hasard. Elle s’appuie sur des études antérieures menées en Europe, qui avaient montré que les zèbres, avec leur pelage rayé, attiraient beaucoup moins les mouches que les chevaux à robe foncée. Intrigués, les chercheurs japonais ont voulu tester cette hypothèse sur des bovins domestiques, espérant que le motif rayé perturbe la vision des insectes et les empêche de se poser. Si les résultats se sont révélés concluants, un obstacle demeure : la peinture utilisée disparaît rapidement avec la pluie ou le temps. Les scientifiques soulignent donc la nécessité de mettre au point une méthode plus durable avant d’envisager une application concrète à grande échelle.
L’un des chercheurs, Tomoki Kojima, a confié que l’idée de cette étude lui était venue après la demande d’un éleveur inquiet des attaques incessantes d’insectes. Inspiré par un programme télévisé évoquant le rôle des rayures des zèbres, il a décidé d’adapter le principe aux vaches japonaises. Lors de la cérémonie de remise des prix, il a remercié ses collègues et sa famille, affirmant que cette distinction insolite donnait à son équipe une motivation supplémentaire pour continuer ses recherches.
L’Ig Nobel Prize, créé en 1991 par la revue scientifique américaine Annals of Improbable Research, distingue chaque année dix projets dans le monde qui surprennent par leur originalité. L’objectif est clair : faire sourire le public, puis l’amener à réfléchir. Le Japon s’illustre régulièrement dans cette compétition, ayant remporté au moins un prix chaque année depuis 19 ans. Cette édition a également récompensé des études sur le comportement des narcissiques face aux compliments ou encore sur les préférences alimentaires de certains lézards en matière de pizza.
Derrière l’humour et l’absurde apparent, ces recherches traduisent un effort scientifique réel. Dans le cas des vaches rayées, elles pourraient même ouvrir la voie à des pratiques agricoles moins dépendantes des produits chimiques et plus respectueuses de la santé animale et de l’environnement.

