Le président américain Donald Trump a été reçu avec faste mardi par le prince héritier Mohammed ben Salmane à Riyad, donnant ainsi le coup d’envoi d’un périple de quatre jours à travers le Moyen-Orient. Cette visite, l’une de ses premières à l’international depuis le début de son second mandat, s’inscrit dans une logique à la fois diplomatique, économique et géostratégique.
L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis figurent à l’agenda présidentiel, et pour cause : ces trois monarchies du Golfe s’apprêtent à signer une série d’accords économiques d’envergure avec Washington. Officiellement, il est question de coopération technologique, d’intelligence artificielle et de partenariats énergétiques. Mais les discussions, bien plus confidentielles, s’articulent aussi autour de dossiers sensibles comme le programme nucléaire iranien, la guerre en cours à Gaza ou encore la stabilité des marchés pétroliers.
En hôte soigneux, le prince héritier saoudien a prévu un dîner officiel pour Trump, ainsi qu’une rencontre avec les chefs d’État membres du Conseil de coopération du Golfe. Cette réunion revêt une importance particulière à un moment où les États-Unis cherchent à resserrer leurs liens avec les pays arabes du Golfe, dans un contexte de tensions croissantes avec Téhéran.
À Washington, l’administration Trump mise sur la production accrue de pétrole par l’OPEP+ pour contenir l’inflation sur le territoire américain. Mais cette stratégie pourrait se heurter aux limites budgétaires du royaume saoudien, dont l’équilibre repose sur un baril avoisinant les 100 dollars, alors qu’il stagne actuellement bien en deçà.
Ce déplacement présidentiel revêt également une dimension personnelle : les pays visités sont le théâtre de plusieurs projets immobiliers d’envergure développés par la Trump Organization, dirigée par les fils du président. Un gratte-ciel en Arabie saoudite, un complexe hôtelier de luxe à Dubaï, un parcours de golf au Qatar… autant de symboles d’une diplomatie d’influence mêlant affaires et géopolitique.
Alors que l’opposition démocrate critique l’approche isolationniste et transactionnelle de Trump, ce dernier espère démontrer que ses choix portent leurs fruits sur la scène internationale. Des annonces sur des ventes d’armes à Riyad, estimées à plusieurs milliards de dollars, sont dans les tuyaux.
Mais l’absence d’Israël dans cet itinéraire soulève des interrogations. L’allié historique des États-Unis au Moyen-Orient a été tenu à l’écart de plusieurs récentes annonces, notamment l’arrêt unilatéral des frappes américaines contre les Houthis au Yémen, qui n’a pas été communiqué à Tel-Aviv en amont. Ce silence diplomatique alimente la méfiance du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui a récemment affirmé qu’Israël assurerait seul sa sécurité, avec ou sans l’aide de Washington.
Dans ce climat tendu, Trump espère relancer son initiative de normalisation entre Israël et les pays arabes, amorcée durant son premier mandat avec les Accords d’Abraham. Mais l’Arabie saoudite, plus prudente, fixe ses conditions : garanties sécuritaires américaines, coopération nucléaire civile et avancées tangibles vers une solution politique pour les Palestiniens. Une perspective difficilement réalisable tant que les affrontements se poursuivent à Gaza.
Mohammed ben Salmane a d’ailleurs accueilli il y a quelques jours à Jeddah le vice-président de l’Autorité palestinienne, Hussein Sheikh, dans un geste symbolique qui rappelle que le royaume reste attaché à la cause palestinienne.
Enfin, un autre dossier sensible pourrait raviver les tensions : le nom que les États-Unis choisiront pour désigner le golfe Persique. Trump a évoqué la possibilité d’opter pour « golfe Arabique », une éventualité que Téhéran juge provocatrice. Le chef de la diplomatie iranienne a d’ailleurs averti que toute modification de la terminologie historique serait perçue comme une offense par l’ensemble de la nation iranienne, au-delà des clivages politiques.
Ce voyage, aux enjeux multiples, illustre une nouvelle fois la méthode Trump : mêler intérêts économiques, coups de communication et diplomatie à haut risque, dans un Moyen-Orient toujours en quête d’équilibre.

