Surtaxes annulées, tarif mondial : Washington rebat le commerce
La décision est tombée comme un coup de tonnerre à Washington. Le 20 février, la Cour suprême des États-Unis a jugé illégale une large partie des droits de douane dits « réciproques » imposés par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Quelques heures plus tard, le président américain a contre-attaqué en signant un décret instaurant un nouveau droit de douane mondial, d’abord fixé à 10%, puis porté à 15% avec effet immédiat.
Ce double mouvement, annulation judiciaire puis riposte exécutive, rebat les cartes du commerce international. Entre remboursements potentiels de plusieurs dizaines de milliards de dollars, incertitudes juridiques et répercussions sur les pays africains, les entreprises et les consommateurs, l’équation reste instable.
La fin des surtaxes « réciproques »
Au cœur du dossier, les droits de douane généralisés instaurés en avril afin de cibler les pays avec lesquels les États-Unis affichaient un déficit commercial. L’administration Trump invoquait la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux pour justifier ces mesures, présentées comme un levier de rééquilibrage commercial et de financement budgétaire.
La haute juridiction a estimé que le président avait outrepassé ses prérogatives constitutionnelles. Résultat, les surtaxes appliquées à la quasi-totalité des produits importés sont annulées.
Concrètement, le taux moyen effectif sur les importations devrait passer de 16,8% à environ 9,5%, selon plusieurs estimations d’économistes. Les secteurs automobile, acier, aluminium ou pharmaceutique, soumis à des taxes sectorielles spécifiques, ne sont pas concernés par cette décision.
Pour les importateurs américains et les exportateurs étrangers, la mesure représente un allègement immédiat. Pour la Maison Blanche, c’est un revers majeur sur l’un des piliers du programme économique présidentiel.
130 à 140 milliards de dollars en jeu
La question financière est désormais centrale. Les surtaxes annulées auraient généré entre 130 et 140 milliards de dollars de recettes en 2025. Les entreprises ayant acquitté ces droits de douane peuvent désormais réclamer un remboursement.
Le flou demeure sur les modalités pratiques. L’un des juges dissidents, Brett Kavanaugh, a mis en garde contre un possible « chaos » procédural, la décision ne précisant pas comment l’État fédéral doit organiser ces remboursements.
Côté démocrate, Chuck Schumer a salué « une victoire pour les consommateurs américains ». Plusieurs responsables locaux réclament déjà des compensations pour les ménages, s’appuyant sur des estimations universitaires évoquant un surcoût significatif par foyer.
Le président estime pour sa part que la question des remboursements pourrait occuper les tribunaux pendant des années.
Une nouvelle taxe mondiale de 15%
Dans la foulée du jugement, Donald Trump a signé un décret instaurant un droit de douane mondial temporaire, fondé cette fois sur la loi sur le Commerce de 1974. Le taux initial de 10% a été relevé à 15%, plafond autorisé par le texte.
Cette taxe, valable 150 jours à compter du 24 février, s’applique aux pays ou blocs ayant conclu des accords commerciaux avec Washington, dont l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde ou Taïwan.
Deux exceptions notables, le Mexique et le Canada, protégés par l’accord de libre-échange nord-américain USMCA.
Le décret prévoit également des exemptions partielles concernant certains minéraux stratégiques, des engrais, des produits agricoles, des équipements électroniques et certains véhicules, sans liste exhaustive à ce stade. Cette imprécision entretient l’incertitude chez les opérateurs économiques.
Quels impacts pour les pays africains ?
Pour l’Afrique, l’effet est différencié.
Les pays initialement surtaxés à 10%, dont le Maroc, l’Égypte ou le Sénégal, voient désormais leurs exportations soumises à un taux de 15%. Leur compétitivité sur le marché américain se dégrade mécaniquement.
Les pays déjà taxés à 15%, comme le Nigeria, le Ghana, la Zambie ou Maurice, ne subissent pas d’augmentation, mais perdent l’avantage comparatif dont ils bénéficiaient face aux pays moins taxés.
En revanche, les États les plus pénalisés auparavant, notamment l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Tunisie et la Libye, voient leurs taux ramenés à 15%, ce qui améliore leur position relative.
À cela s’ajoute la prolongation d’un an de l’African Growth and Opportunity Act, permettant à certains pays subsahariens d’exporter en franchise de droits vers les États-Unis. Toutefois, le nombre de bénéficiaires a été fortement réduit, limitant la portée de l’avantage.
Les taxes sectorielles restent en vigueur. L’Afrique du Sud continue par exemple de subir une taxe automobile de 25% sur ses véhicules exportés vers les États-Unis, avec un impact notable sur ses volumes.
Un déficit commercial toujours record
Malgré les surtaxes, le déficit commercial américain ne s’est pas résorbé. En 2025, il s’est même creusé de 2,1% pour atteindre 1.241 milliards de dollars, selon les données du département du Commerce publiées la veille du jugement.
Ce constat relance le débat sur l’efficacité des droits de douane comme instrument de politique commerciale. Pour plusieurs économistes, les surtaxes ont renchéri les importations sans modifier en profondeur la structure des échanges.
La décision de la Cour suprême envoie néanmoins un signal institutionnel fort, les règles du jeu commercial ne peuvent être modifiées sans base légale solide. Reste à savoir si la nouvelle taxe mondiale de 15% survivra au cap des 150 jours sans validation du Congrès.
À l’approche des élections de mi-mandat, le dossier des droits de douane américains pourrait devenir l’un des champs de bataille économiques et politiques majeurs de l’année.


