Les États-Unis accélèrent leur coopération militaire avec le Maroc en annonçant la création d’un centre régional de formation aux drones destiné aux armées africaines. Révélée lors du Sommet des forces terrestres africaines, cette initiative vise à structurer une montée en compétence durable en matière de surveillance, de renseignement et d’emploi opérationnel des systèmes sans pilote sur le continent.
Selon le général Christopher Donahue, commandant de l’armée américaine pour l’Europe et l’Afrique, ce futur centre aura pour vocation de former des opérateurs issus de plusieurs pays africains, tout en développant une doctrine commune d’utilisation des drones. L’enjeu dépasse la simple formation technique : il s’agit d’améliorer l’interopérabilité entre forces partenaires, de fluidifier le partage de renseignements et d’harmoniser les réponses face à des menaces sécuritaires de plus en plus transversales.
La première étape concrète de ce projet interviendra dans le cadre de l’exercice militaire « African Lion 2026 », organisé conjointement par les États-Unis et le Maroc. Prévu du 20 avril au 8 mai, cet exercice multinational réunira des forces terrestres, aériennes, navales et cybernétiques dans plusieurs pays, dont le Maroc, la Tunisie, le Ghana et le Sénégal. Un module pilote de formation aux drones y sera lancé, avec un premier groupe restreint de seize participants appelés à tester les méthodes d’intégration opérationnelle de ces technologies.
Ce dispositif s’inscrit dans une approche plus large défendue par Washington : former non seulement des opérateurs, mais aussi des formateurs capables de relayer ces compétences dans leurs pays respectifs. L’objectif est clair : bâtir une capacité autonome et reproductible à l’échelle du continent africain, en s’appuyant sur des solutions adaptées aux réalités locales.
Le choix du Maroc pour accueillir ce centre n’est pas anodin. Le royaume s’impose progressivement comme un pivot sécuritaire en Afrique du Nord, consolidant son partenariat stratégique avec les États-Unis au fil des dernières années. Cette dynamique s’est renforcée après la signature des accords d’Abraham, qui ont redéfini certains équilibres diplomatiques régionaux et ouvert la voie à une coopération élargie, notamment dans les domaines sécuritaire et technologique.
Sur le plan militaire, Rabat confirme également son positionnement. D’après les données du Stockholm International Peace Research Institute, près de 60 % des acquisitions militaires marocaines entre 2021 et 2025 proviennent des États-Unis. Une dépendance assumée, qui traduit une convergence d’intérêts en matière de défense et d’innovation technologique.
Au-delà de la coopération bilatérale, ce centre de formation aux drones reflète une stratégie plus globale de Washington sur le continent africain. Face à la montée en puissance d’acteurs comme la Russie et la Chine, les États-Unis cherchent à consolider leur présence en misant sur la formation, le transfert de compétences et l’intégration technologique. Le Maroc, de par sa stabilité, son positionnement géographique et son expérience des partenariats militaires, apparaît comme une base crédible pour porter cette ambition régionale.
À court terme, le projet devrait permettre de structurer un réseau d’expertise autour de l’usage des drones en Afrique. À plus long terme, il pourrait contribuer à l’émergence d’un écosystème industriel et opérationnel local, capable de répondre aux besoins sécuritaires du continent sans dépendance excessive aux solutions extérieures.

