La rentrée scolaire prochaine s’annonce particulièrement coûteuse pour les familles inscrivant leurs enfants dans les établissements français au Maroc. À partir de 2026, les frais de scolarité connaîtront une augmentation d’ampleur inédite, marquée par l’introduction de frais annuels d’inscription et par une nouvelle contribution destinée à financer une partie des pensions civiles du personnel relevant de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Une évolution brutale, perçue par les parents comme un basculement du modèle économique de l’enseignement français à l’étranger, au détriment des familles.
Selon les décisions entérinées lors du conseil d’administration de l’AEFE du 18 décembre 2025, une part significative des charges jusqu’ici assumées par l’État français sera désormais supportée par les établissements, et donc répercutée sur les parents. Dès 2026, les écoles devront financer 35 % des pensions civiles des enseignants expatriés et résidents, un taux appelé à atteindre 50 % à partir de 2027. Cette mesure, adoptée de justesse, a provoqué une vive contestation au sein des communautés scolaires, au Maroc comme dans l’ensemble du réseau mondial.
Dans les établissements français du Royaume, la pilule est d’autant plus difficile à avaler que ces nouvelles contributions s’ajoutent à des augmentations tarifaires déjà régulières. À Rabat, Casablanca ou Kénitra, les parents dénoncent l’instauration de frais annuels d’inscription, une pratique inexistante dans l’enseignement public ou privé en France, et absente également du réseau de l’Office scolaire et universitaire international (OSUI). Pour beaucoup, il s’agit d’un prélèvement supplémentaire sans contrepartie pédagogique visible.
Au cœur des tensions, la question de l’utilisation des fonds. Les associations de parents soulignent que les sommes collectées servent essentiellement à couvrir des charges structurelles, notamment les retraites et avantages sociaux du personnel détaché, sans être réinvesties localement. Infrastructures vieillissantes, classes surchargées, options supprimées : sur le terrain, les effets de ces choix budgétaires sont déjà perceptibles. Dans plusieurs établissements, les effectifs reculent d’environ 3 % par an, certaines classes ferment, et des filières jugées stratégiques, comme les classes préparatoires, disparaissent progressivement.
Le malaise est accentué par un sentiment de gouvernance lointaine. Les décisions sont prises à Paris, sans réelle prise en compte des réalités locales, estiment les parents. Le projet de reconstruction du collège Saint-Exupéry à Rabat illustre cette fracture : annoncé à 6 millions d’euros, le budget a été réévalué à 18 millions sans que les travaux ne démarrent, tandis que les élèves poursuivent leur scolarité dans des bâtiments provisoires inadaptés. Une situation qui alimente l’incompréhension et la défiance.
Dans un communiqué publié mi-janvier, l’Association des parents d’élèves des établissements français (APEEF) a dénoncé une « régression majeure » de l’engagement financier de la France envers son réseau éducatif à l’étranger. Selon elle, le déficit actuel de l’AEFE n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et budgétaires successifs, marqués par des coupes cumulées estimées à près de 78 millions d’euros en trois ans. Faute d’anticipation, ce sont désormais les familles qui comblent les déséquilibres.
À court terme, les établissements en gestion directe disposent de peu de leviers pour absorber le choc. Trois options se dessinent : augmenter encore les frais de scolarité, puiser dans les fonds de réserve ou réduire les investissements. Chacune comporte des risques. Les parents s’inquiètent notamment de voir les réserves, constituées pour financer des projets immobiliers, servir à compenser des charges imposées unilatéralement. Une perspective jugée inacceptable par les associations, qui y voient une menace directe pour l’avenir des établissements.
La crainte d’un effet domino est désormais largement partagée : hausse des frais, départ de familles, baisse des effectifs, fermetures de classes, dégradation de l’offre pédagogique, puis perte d’attractivité du réseau. Une spirale que les parents tentent d’enrayer par la mobilisation. Des pétitions circulent, relayées à l’échelle internationale, tandis que la Fédération des associations de parents d’élèves à l’étranger (FAPEE) réclame l’arrêt immédiat des ponctions sur les établissements, une transparence budgétaire renforcée et l’ouverture d’une concertation locale sur les pistes d’économies.
Pour les familles marocaines, souvent issues de la classe moyenne, l’enjeu dépasse la seule question financière. C’est le sens même du contrat de confiance avec l’enseignement français qui vacille. Beaucoup rappellent qu’un élève scolarisé dans un établissement français à l’étranger coûte en moyenne bien moins cher à l’État qu’un élève en France, tout en contribuant au rayonnement culturel et linguistique du pays. À leurs yeux, la crise actuelle révèle moins un excès de dépenses qu’un désengagement progressif, dont les conséquences sont désormais supportées par ceux qui n’en maîtrisent ni les règles ni les orientations.

