La situation macroéconomique du Maroc a continué d’afficher des signaux contrastés entre fin janvier et début février 2026, marquée par une solidité des réserves de change, une inflation toujours négative et une détente progressive des conditions monétaires, sur fond de repli du marché boursier. Les derniers indicateurs publiés par Bank Al-Maghrib et les institutions nationales confirment une économie qui résiste, tout en restant exposée à des déséquilibres persistants, notamment sur le plan extérieur.
Au 30 janvier 2026, les avoirs officiels de réserve se sont établis à 452,6 milliards de dirhams, en progression de 0,5 % sur une semaine et de près de 23 % en glissement annuel. Ce niveau représente l’équivalent de près de cinq mois et vingt-six jours d’importations de biens et services, confortant la position extérieure du Royaume. Sur le marché des changes, le dirham est resté quasiment stable face à l’euro, tandis qu’il s’est déprécié de 1,3 % vis-à-vis du dollar américain sur la période du 29 janvier au 4 février. Aucune intervention par adjudication n’a été enregistrée durant cette séquence.
Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib a maintenu un niveau élevé d’intervention afin d’assurer la liquidité du système bancaire. Les injections moyennes quotidiennes ont atteint 143,5 milliards de dirhams, réparties principalement entre avances à sept jours, pensions livrées à plus long terme et prêts garantis. Le marché interbancaire est resté fluide, avec un volume quotidien moyen des échanges de 5,4 milliards de dirhams et un taux interbancaire stabilisé autour de 2,26 %. Lors de l’appel d’offres du 4 février, la Banque centrale a servi 60,6 milliards de dirhams sous forme d’avances à sept jours.
Du côté du marché des adjudications, le Trésor a retenu 1,9 milliard de dirhams lors de l’opération du 3 février 2026, exclusivement sur la maturité de deux ans, au taux de 2,73 %. En l’absence de remboursements sur la période suivante, l’encours des bons du Trésor devrait atteindre 827,1 milliards de dirhams à la mi-février.
Les données relatives à l’inflation confirment la poursuite d’une dynamique de baisse des prix. En décembre 2025, l’indice des prix à la consommation a reculé de 0,1 % sur un mois, sous l’effet notamment de la diminution des prix des produits alimentaires et des carburants. En variation annuelle, l’inflation s’est maintenue à -0,3 %, tandis que l’inflation sous-jacente a atteint -1,1 %. Sur l’ensemble de l’année 2025, la hausse moyenne des prix est restée contenue à 0,8 %, contre 0,9 % un an plus tôt.
Cette évolution s’est accompagnée d’un ajustement des taux d’intérêt. Les taux créditeurs appliqués aux dépôts bancaires ont progressé en décembre, atteignant 2,53 % pour les dépôts à six mois et 2,64 % pour ceux à un an. À l’inverse, le taux minimum de rémunération des comptes sur carnet a été abaissé à 1,61 % pour le premier semestre 2026. Les taux débiteurs ont légèrement reculé au quatrième trimestre 2025, avec un taux moyen global de 4,82 %, traduisant une détente modérée du coût du crédit, notamment pour les TPME.
Sur le marché boursier, la tendance est restée négative. Entre le 29 janvier et le 4 février 2026, l’indice MASI a perdu 2,7 %, portant sa contre-performance depuis le début de l’année à plus de 2 %. La baisse a concerné la majorité des secteurs, notamment le bâtiment, les banques, les mines, la santé et l’immobilier. En parallèle, le volume hebdomadaire des transactions s’est établi à près de 2 milliards de dirhams, en hausse par rapport à la semaine précédente, mais sans enrayer le repli des cours.
Les agrégats monétaires témoignent, quant à eux, d’une progression soutenue de la masse monétaire. À fin décembre 2025, M3 a enregistré une hausse annuelle de 9,4 %, portée par l’augmentation de la circulation fiduciaire et des dépôts à vue. Le crédit bancaire au secteur non financier a progressé de 4,7 %, avec une forte dynamique des prêts à l’équipement et une hausse modérée des crédits à la consommation et à l’immobilier. Le ratio des créances en souffrance s’est maintenu à 8 % de l’encours total.
Sur le plan des finances publiques, l’exécution budgétaire de 2025 fait apparaître un déficit de 60,5 milliards de dirhams, en léger allégement par rapport à l’année précédente. Les recettes ordinaires ont progressé de plus de 15 %, soutenues par la dynamique des recettes fiscales, tandis que les dépenses ont augmenté à un rythme plus modéré, malgré la hausse des charges liées aux intérêts de la dette et aux biens et services. Le besoin de financement du Trésor a été couvert à parts quasi égales par des ressources intérieures et extérieures.
Enfin, les comptes extérieurs confirment un contraste marqué entre la vigueur des recettes et l’aggravation du déficit commercial. En 2025, les exportations ont atteint 469 milliards de dirhams, tirées notamment par les phosphates et l’aéronautique, tandis que les importations ont progressé plus rapidement, portant le déficit commercial à plus de 353 milliards de dirhams. Le taux de couverture est ainsi revenu à 57 %. En parallèle, les recettes de voyages ont atteint un niveau record de 138 milliards de dirhams, stimulées par l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations, et les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont dépassé 122 milliards de dirhams. Les flux d’investissements directs étrangers ont également enregistré une nette amélioration, renforçant les équilibres financiers globaux du pays.

