Plus de soixante organisations agricoles américaines pressent les autorités de lever les droits de douane imposés aux engrais phosphatés importés du Maroc, dénonçant des mesures qui pèsent lourdement sur leurs coûts de production et fragilisent l’ensemble du secteur. Dans une lettre adressée au secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, ces acteurs du monde agricole demandent la suppression rapide de ces taxes, dont le réexamen est actuellement en cours.
Regroupant à la fois des associations nationales et des organisations régionales représentant les producteurs de maïs, de soja, de blé ou encore de riz, les signataires alertent sur les effets directs de ces barrières commerciales. Selon eux, le maintien des droits compensateurs limite l’accès à des intrants essentiels, réduit l’offre disponible sur le marché et contribue à une hausse marquée des prix. Une situation qui, à leurs yeux, profite à un nombre restreint d’industriels au détriment de milliers d’exploitants.
Les engrais phosphatés occupent une place centrale dans l’agriculture américaine. Indispensables pour préserver les rendements et soutenir la compétitivité des cultures stratégiques, ils sont d’autant plus cruciaux que les États-Unis ne disposent pas de ressources suffisantes pour couvrir leurs besoins domestiques. Les importations, notamment en provenance du Maroc, apparaissent ainsi comme un levier incontournable pour équilibrer l’approvisionnement.
L’origine du différend remonte à 2020, lorsque le département du Commerce avait instauré des droits de douane à la suite d’une plainte déposée par des entreprises américaines, qui accusaient certains producteurs étrangers de pratiques commerciales déloyales. Depuis, ces mesures continuent d’alimenter les tensions au sein du secteur agricole, partagé entre impératifs industriels et contraintes de production.
Sur le terrain, les conséquences se font déjà sentir. Plusieurs opérateurs marocains ont réduit leurs exportations vers le marché américain, accentuant les tensions sur l’offre et contribuant à la volatilité des prix. Dans un contexte international marqué par des perturbations géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, ces déséquilibres se répercutent directement sur les exploitations agricoles.
La pression sur les coûts s’est intensifiée ces dernières années. En 2025, les dépenses liées aux engrais ont représenté jusqu’à 40 % des charges d’exploitation pour certains producteurs. Une proportion qui illustre la dépendance du secteur à ces intrants et souligne l’impact immédiat de toute variation de prix sur la rentabilité des exploitations.
Face à cette situation, certaines voix, y compris au sein de l’industrie, plaident désormais pour un assouplissement des mesures. L’objectif est clair : garantir un accès stable et abordable aux engrais phosphatés afin de préserver la productivité agricole et limiter les effets en cascade sur les marchés alimentaires. La décision attendue des autorités commerciales américaines pourrait ainsi redéfinir l’équilibre d’un secteur stratégique, à la croisée des enjeux économiques et alimentaires.


