À Essaouira, la Journée Internationale de l’Arganier a pris cette année une dimension à la fois environnementale, économique et diplomatique. Réunis dimanche au siège de la province, responsables gouvernementaux, représentants des Nations Unies, chercheurs et acteurs de la filière ont mis en avant le rôle central de l’arganier dans la stratégie marocaine de développement durable, face à la pression climatique et à la raréfaction des ressources hydriques.
La cérémonie, présidée par le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, s’est tenue en présence du gouverneur de la province d’Essaouira, Mohammed Rachid, ainsi que de plusieurs responsables nationaux et internationaux impliqués dans la préservation de l’arganeraie.
Organisée à l’occasion de la Journée Internationale de l’Arganier, proclamée par les Nations Unies en 2021, cette rencontre a également coïncidé avec la clôture de la 8e édition du Congrès International de l’Arganier, tenu du 8 au 10 mai à Essaouira. Les échanges ont porté sur la protection de cet écosystème emblématique, son potentiel économique et son rôle dans l’adaptation aux changements climatiques.
Dans son intervention, Ahmed El Bouari a insisté sur la place de l’arganier comme “pilier de résilience écologique, économique et sociale”. Le ministre a rappelé que le Maroc poursuit le développement d’une filière intégrée et durable à travers plusieurs axes : l’extension des plantations d’arganiers, la réhabilitation des espaces forestiers naturels, l’appui à la recherche scientifique et l’amélioration des conditions de vie des populations locales vivant de cette ressource.
L’arganier occupe aujourd’hui une place stratégique dans les politiques publiques liées à la souveraineté écologique et hydrique du Royaume. Face à la sécheresse récurrente, à l’avancée de la désertification et à l’irrégularité des précipitations, l’arganeraie apparaît comme un rempart naturel dans plusieurs régions du Sud et du Centre du Maroc.
Depuis New York, l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, Omar Hilale, a souligné dans un message vidéo que le Royaume considère depuis plusieurs décennies l’arganier comme un levier de développement durable et un symbole de coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature. Selon lui, le Maroc cherche désormais à dépasser la seule logique de préservation pour faire de l’arganiculture un moteur d’innovation, de transformation économique et de coopération Sud-Sud.
La dimension patrimoniale et scientifique de l’arganeraie a également occupé une place importante lors de cette célébration. Le directeur régional de l’UNESCO pour le Maghreb, Charaf Ahmimed, a rappelé que la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie est inscrite depuis 1998 au programme “L’Homme et la Biosphère” de l’UNESCO. Il a décrit cet espace comme un “laboratoire vivant” conciliant protection de la biodiversité, recherche scientifique et développement local.
Les représentants des agences onusiennes présentes ont également mis l’accent sur les enjeux sociaux liés à cette filière. La représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement, Ilaria Carnevali, a évoqué les actions menées pour accompagner les coopératives féminines, notamment dans les domaines du marketing digital, de l’e-commerce et de l’accès à de nouveaux marchés internationaux.
De son côté, le représentant de la Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Alexandre Anh Tài Huynh, a alerté sur la vulnérabilité croissante de l’arganeraie face aux dérèglements climatiques. Il a plaidé pour une approche intégrée articulée autour du nexus eau-agriculture-environnement afin de garantir la pérennité de cet écosystème.
Le secrétaire général de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts, Issam Ahabri, a pour sa part mis en avant les travaux conduits avec plusieurs institutions marocaines, notamment l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, dans le domaine de la recherche forestière et de la valorisation durable de l’arganeraie.
La cérémonie s’est achevée par la projection d’un film institutionnel consacré aux efforts entrepris pour la préservation de l’arganier et par des hommages rendus à plusieurs acteurs engagés dans la défense et la promotion de cet héritage naturel marocain. Au-delà de son image emblématique, l’arganier s’impose désormais comme un enjeu économique, écologique et social majeur pour le Maroc, à l’heure où les défis climatiques redessinent les priorités de développement.

