Les femmes marocaines vivent plus longtemps, étudient davantage, mais restent en marge de l’économie nationale. C’est le constat que dresse le Haut-Commissariat au Plan (HCP) dans son rapport annuel « La femme marocaine en chiffres 2025 », publié à l’occasion de la Journée nationale de la femme. Derrière les avancées indéniables en matière d’éducation et de santé, les chiffres révèlent des inégalités persistantes entre les sexes, particulièrement dans l’emploi, les revenus et la représentation publique.
En 2024, le taux d’activité des femmes âgées de 15 ans et plus n’atteint que 22,2 %, contre 92,1 % pour les hommes. Même parmi les diplômées de l’enseignement supérieur, seules 33,9 % participent à la vie économique, alors que plus de 90 % de leurs homologues masculins sont actifs. Cette fracture est encore plus visible en milieu rural, où les contraintes sociales et le manque d’opportunités limitent fortement la participation féminine. Près de 46 % des femmes occupées travaillent dans l’agriculture, souvent sans contrat ni couverture sociale, et 40 % évoluent dans les services domestiques ou le commerce informel. Le salaire moyen féminin reste inférieur de 21 % à celui des hommes, et les femmes ne représentent que 13 % des postes de responsabilité.
Ces écarts traduisent un déséquilibre structurel : le progrès éducatif ne se transforme pas en pouvoir économique. Pourtant, les Marocaines n’ont jamais été aussi nombreuses à fréquenter les bancs de l’école et de l’université. Le taux d’alphabétisation féminin est passé de 27 % en 1994 à 65,4 % en 2024, avec une amélioration spectaculaire dans le monde rural. Les jeunes filles constituent désormais 51 % des élèves du secondaire et 56 % des étudiants du supérieur, confirmant une féminisation continue de l’enseignement. Les femmes diplômées représentent 36 % des titulaires de diplômes, un chiffre inédit qui témoigne d’une véritable transformation sociale.
Mais cette réussite académique se heurte à des réalités économiques et culturelles tenaces. Le mariage et la maternité réduisent significativement le taux d’emploi féminin, un phénomène quasi inexistant chez les hommes. De plus, les femmes marocaines continuent de supporter la plus grande part du travail domestique non rémunéré : près de 5 heures par jour, contre à peine 1 heure pour les hommes. Cette charge invisible, cumulée aux contraintes professionnelles, freine leur insertion et leur progression dans la vie active. Selon le HCP, 79 % du travail productif féminin est domestique, tandis que 88 % du travail masculin est consacré à une activité rémunérée.
L’inégalité se manifeste aussi dans la sphère publique. Malgré les efforts de parité, les femmes ne représentent que 22,6 % du gouvernement, 24,3 % du Parlement, 39,8 % des représentants régionaux et 29,8 % des responsables municipaux. Des progrès existent, mais la présence féminine dans les instances décisionnelles demeure fragile et souvent dépendante des mécanismes de quotas.
Sur le plan sanitaire, les avancées sont notables. La mortalité maternelle a chuté à 45 décès pour 100 000 naissances vivantes, contre 112 au début des années 2000. L’accès aux soins prénatals et à l’accouchement assisté s’est considérablement amélioré, soutenu par l’extension de la couverture médicale et les campagnes de sensibilisation. Ces progrès contribuent à une meilleure espérance de vie, aujourd’hui supérieure à 77 ans pour les femmes.
Le rapport s’attarde également sur la pauvreté et la vulnérabilité. En 2022, seuls 2,5 % des ménages dirigés par des femmes vivaient dans la pauvreté monétaire, contre 4,1 % pour ceux dirigés par des hommes. Cependant, 11,1 % de ces ménages restent exposés à la vulnérabilité économique, souvent aggravée par la dépendance à un revenu unique ou informel.
La violence à l’égard des femmes demeure une plaie sociale. Le HCP révèle que 57 % des Marocaines âgées de 18 à 64 ans ont subi au moins une forme de violence au cours de leur vie. Les violences psychologiques (49 %) et économiques (26 %) sont les plus répandues, tandis que plus de la moitié des victimes rapportent des faits survenus dans le cadre conjugal. Ce constat souligne l’importance d’un effort collectif : application rigoureuse des lois, autonomisation économique et éducation à l’égalité dès le plus jeune âge.

