Le déficit budgétaire du Maroc s’est établi à 19,1 milliards de dirhams à fin avril 2026, contre 17,5 milliards un an auparavant, selon la Situation des charges et ressources du Trésor (SCRT) publiée par le ministère de l’Économie et des Finances. Malgré une progression soutenue des recettes fiscales, la hausse des dépenses de fonctionnement et d’investissement a pesé sur l’équilibre budgétaire.
Des recettes fiscales en hausse grâce à l’IS
Sur les quatre premiers mois de l’année, les recettes ordinaires nettes ont atteint 144 milliards de dirhams, en progression de 7,6 % par rapport à la même période de 2025. Le taux de réalisation des prévisions de la loi de finances 2026 ressort à 33,3 %.
La dynamique des recettes fiscales demeure le principal moteur des finances publiques. Elles ont progressé de 8,9 %, à 133,5 milliards de dirhams, soutenues principalement par l’impôt sur les sociétés (IS), dont les recettes ont bondi de 24,9 % pour atteindre 45,4 milliards de dirhams. Cette évolution s’explique notamment par la forte progression des versements spontanés et du premier acompte fiscal.
L’impôt sur le revenu (IR) a, en revanche, reculé de 4,3 %. Le ministère précise toutefois que cette baisse est liée à une recette exceptionnelle enregistrée en janvier 2025 dans le cadre de l’opération de régularisation fiscale volontaire prévue par la loi de finances 2024. Hors cet élément exceptionnel, l’IR aurait affiché une croissance de plus de 11 %.
La TVA a progressé de 3,9 %, portée essentiellement par la TVA à l’importation, tandis que les taxes intérieures de consommation ont augmenté de 7,4 %, tirées par la hausse des recettes sur les produits énergétiques.
Une conjoncture marquée par les tensions internationales
Le ministère souligne que l’exécution budgétaire s’est déroulée dans un environnement international tendu, marqué par l’intensification des tensions géopolitiques et commerciales, notamment au Moyen-Orient, avec des répercussions sur les marchés énergétiques et le climat économique mondial.
Au niveau national, les importantes précipitations enregistrées au cours des derniers mois ont favorisé la reprise de l’activité agricole. Les premières estimations tablent sur une récolte céréalière d’environ 90 millions de quintaux pour la campagne 2025-2026. Les activités non agricoles poursuivent également leur progression, malgré l’impact des intempéries sur le BTP et la pêche artisanale durant les premiers mois de l’année.
Des dépenses en nette accélération
Les dépenses globales ont atteint 163,1 milliards de dirhams à fin avril 2026, en hausse de 7,7 %. Les dépenses ordinaires ont particulièrement augmenté, atteignant près de 146 milliards de dirhams, soit une progression de 11,1 %.
Cette évolution est principalement liée à l’augmentation des dépenses de biens et services, qui ont progressé de 12,9 milliards de dirhams. Les dépenses de personnel ont, à elles seules, augmenté de 5,6 milliards, sous l’effet des mesures issues du dialogue social.
Les charges liées aux intérêts de la dette ont également augmenté de 15,8 %, aussi bien pour la dette intérieure qu’extérieure. À l’inverse, les dépenses de compensation ont légèrement reculé de 6,2 %, pour s’établir à 7,1 milliards de dirhams.
L’investissement public poursuit sa progression
Les dépenses d’investissement affichent une nette accélération. Elles ont atteint 43,6 milliards de dirhams à fin avril, en hausse de près de 25 % par rapport à l’année précédente. Leur taux d’exécution représente 38 % des prévisions annuelles inscrites dans la loi de finances 2026.
Dans le même temps, les comptes spéciaux du Trésor ont dégagé un excédent de 26,5 milliards de dirhams, contre 14,9 milliards un an auparavant.
Un besoin de financement en recul
Le besoin de financement du Trésor s’est établi à 20,9 milliards de dirhams, en amélioration par rapport aux 33,3 milliards enregistrés à fin avril 2025. Cette évolution s’explique notamment par la réduction des opérations en instance et par la stabilité des financements mobilisés sur le marché domestique.
Les mobilisations nettes sur le marché intérieur se sont maintenues autour de 19,2 milliards de dirhams, tandis que les emprunts extérieurs nets ont affiché un solde négatif de 2,5 milliards de dirhams.
Dans ce contexte, l’évolution des finances publiques marocaines confirme la résilience des recettes fiscales, mais met également en évidence la pression exercée par les dépenses courantes et les investissements publics dans un environnement économique encore marqué par l’incertitude internationale.

