Le ministère de l’Économie et des Finances vient de définir une nouvelle orientation pour la gestion des finances publiques. Le Cadre stratégique de réforme de la gestion des finances publiques (CSR-GFP) pour la période 2026-2032 trace une feuille de route ambitieuse, pensée pour renforcer la performance, la transparence et la soutenabilité budgétaire du Maroc, tout en alignant l’action publique sur les priorités du Nouveau Modèle de Développement.
Ce document de référence intervient dans un contexte marqué par les résultats encourageants de l’évaluation PEFA Agile Maroc 2024, menée avec l’appui de partenaires internationaux. Cette évaluation a confirmé la solidité du système marocain de gestion des finances publiques, notamment en matière de fiabilité budgétaire, de discipline dans l’élaboration des lois de finances et de maîtrise de leur exécution. Elle a également mis en avant des avancées concrètes, comme l’intégration progressive de la dimension genre dans la programmation budgétaire. En parallèle, elle a pointé des marges de progression, appelant à une vision plus structurée et coordonnée des réformes.
C’est précisément l’objectif du CSR-GFP 2026-2032. Élaboré à l’issue d’un processus de concertation élargi, associant les différentes directions du ministère, la Cour des comptes, le Parlement ainsi que plusieurs institutions publiques, ce cadre vise à instaurer une gouvernance financière plus cohérente et plus lisible. Les partenaires techniques et financiers ont également contribué à affiner les orientations retenues.
Le dispositif repose sur cinq axes majeurs qui structurent l’ensemble des réformes à venir. Le premier porte sur la performance, avec l’ambition de renforcer la budgétisation axée sur les résultats, en intégrant davantage les coûts réels et les scénarios économiques. Il prévoit également d’élargir le périmètre d’analyse à la performance des établissements et entreprises publics, tout en améliorant la coordination des politiques publiques pour un investissement plus ciblé.
Le deuxième axe concerne la soutenabilité des finances publiques. Il met l’accent sur la mobilisation des ressources, avec une approche plus incitative et concertée, ainsi que sur la mise en place d’une gestion globale des risques budgétaires, devenue essentielle face aux incertitudes économiques.
La transparence constitue le troisième pilier de la réforme. Le ministère entend capitaliser sur les acquis en matière de transparence budgétaire, tout en améliorant la qualité des informations financières et la fiabilité des comptes de l’État. La digitalisation occupe une place centrale dans cette dynamique, avec la mise en place d’une gouvernance numérique intégrée et interopérable, capable de moderniser en profondeur les processus de gestion.
Le quatrième axe introduit une dimension plus inclusive de l’action publique. Il s’agit d’intégrer de manière systématique les enjeux liés au genre et au climat dans la planification budgétaire, tout en renforçant leur déclinaison au niveau territorial. L’objectif est de garantir une allocation plus équitable et plus efficace des ressources publiques.
Enfin, le cinquième axe se concentre sur la coordination des réformes et la conduite du changement. Il prévoit l’adoption d’une gestion axée sur les résultats, avec des objectifs mesurables à court, moyen et long terme, ainsi qu’un renforcement des capacités des acteurs impliqués. Le dialogue autour des politiques publiques devrait également gagner en qualité et en efficacité.
La mise en œuvre de ce cadre stratégique reposera sur des plans d’action triennaux évolutifs, permettant d’ajuster les priorités en fonction des résultats obtenus et des évolutions du contexte national et international. Un dispositif de pilotage rigoureux, adossé à un système de suivi et d’évaluation, accompagnera cette démarche afin d’en mesurer l’impact réel.
À travers ce chantier, le Maroc consolide sa trajectoire en matière de gouvernance des finances publiques. L’enjeu dépasse la seule gestion budgétaire : il s’agit de renforcer la crédibilité de l’action publique, d’améliorer la redevabilité et de soutenir durablement le développement économique et social du pays.


