Un pas décisif vient d’être franchi dans l’industrialisation des produits fluorés au Maroc. Fluoralpha, filiale d’INNOVX, a sécurisé un financement stratégique d’un milliard de dirhams auprès de Bank of Africa pour concrétiser un projet industriel d’envergure à Jorf Lasfar. Cette levée de fonds, qui s’inscrit dans un investissement global de 2,5 milliards de dirhams, marque l’entrée du Royaume dans une nouvelle ère de valorisation des ressources issues de ses roches phosphatées.
Créée en 2023, Fluoralpha ambitionne de faire du Maroc un acteur incontournable de l’industrie mondiale des produits fluorés. L’entreprise développe à Jorf Lasfar une unité de production d’acide fluorhydrique anhydre, d’une capacité de 20 000 tonnes par an, ainsi qu’une unité de fluorure d’aluminium pouvant atteindre 28 000 tonnes annuelles. Ces intrants sont essentiels à des secteurs stratégiques tels que les batteries électriques, l’aluminium, les semi-conducteurs et la chimie de spécialités, au cœur des transitions énergétiques et technologiques mondiales.
L’enthousiasme est palpable chez les dirigeants du projet. Pour Youssef Berrada, CFO et vice-président support d’INNOVX, ce financement confirme la solidité de la vision portée par l’entreprise : « Il s’agit d’un jalon majeur qui ouvre la voie à d’autres financements destinés à soutenir nos projets dans la transition énergétique. » Jalil Skali, directeur général de Fluoralpha, insiste sur la dimension stratégique : « Transformer un co-produit des phosphates marocains en matériaux indispensables aux industries du futur, c’est placer le Maroc au cœur des chaînes de valeur mondiales. Notre ambition est de faire du pays un hub international du fluor. »
De son côté, Bank of Africa souligne la portée de ce partenariat. Khalid Nasr, directeur général exécutif de la banque, rappelle que ce financement illustre « l’engagement de Bank of Africa à accompagner des projets structurants et durables qui renforcent le rôle du Maroc comme plateforme industrielle et énergétique régionale. » L’institution financière met en avant la confiance accordée à l’approche d’INNOVX, qui vise à bâtir des écosystèmes industriels capables de répondre aux grands défis de durabilité.
Au-delà du financement, c’est toute une stratégie industrielle qui se déploie. Fluoralpha s’appuie sur la transformation de l’acide hexafluorosilicique, dérivé des phosphates marocains, pour en faire des matériaux à forte valeur ajoutée. Trois filières sont déjà en cours de développement : l’acide fluorhydrique anhydre, indispensable à la chimie fine et aux semi-conducteurs, et clé pour la fabrication du LiPF₆ utilisé dans les batteries lithium-ion ; le fluorure d’aluminium, crucial pour l’électrolyse de l’aluminium et l’amélioration de son efficacité énergétique ; et enfin le fluorure de calcium synthétique, en phase de recherche, qui devrait diversifier l’approvisionnement mondial en fluor, ressource naturelle limitée.
Cette orientation conforte la volonté du Maroc de renforcer sa souveraineté industrielle et de s’imposer comme un acteur stratégique dans les secteurs en plein essor que sont la mobilité électrique, le stockage d’énergie, l’électronique avancée et la chimie de spécialité. À travers Fluoralpha, le Royaume ne se contente plus d’exporter ses ressources brutes, mais les transforme localement pour en extraire davantage de valeur, tout en créant des synergies avec des industries mondiales en pleine expansion.
INNOVX, initié par l’Université Mohammed VI Polytechnique, s’est imposé en moins de trois ans comme un catalyseur d’industries d’avenir. Avec plus de 30 projets actifs dans des domaines stratégiques comme l’agriculture, l’énergie et la chimie, l’entité confirme son rôle de trait d’union entre recherche, innovation et industrialisation. L’accord conclu avec Bank of Africa pour Fluoralpha démontre la pertinence de cette approche et l’attractivité croissante du Maroc pour les financements liés aux industries vertes et technologiques.
En s’attaquant à la filière fluorée, le Royaume investit dans une ressource discrète mais essentielle aux transitions industrielles mondiales. Le projet de Jorf Lasfar, soutenu par un partenariat solide entre secteur privé et financier, illustre l’émergence d’un Maroc qui se positionne désormais comme fournisseur de solutions stratégiques pour l’économie mondiale de demain.



