Le gouvernement prépare une refonte du modèle de formation continue au Maroc afin d’adapter les compétences aux nouvelles réalités économiques, technologiques et industrielles. L’annonce a été faite mercredi à Rabat par le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des compétences, Younes Sekkouri, à l’ouverture de l’édition 2026 de la Global Growth Conference 2026 organisée par Institut Amadeus.
Le ministre a indiqué qu’une réforme sera lancée d’ici début juin pour transformer en profondeur le système actuel de formation continue, jugé insuffisamment connecté aux besoins réels du marché du travail. L’objectif affiché est de construire une offre plus souple, capable de suivre l’évolution rapide des métiers liés au numérique, à l’intelligence artificielle, aux technologies industrielles et aux nouvelles compétences techniques.
Selon M. Sekkouri, cette réforme reposera sur une implication directe des opérateurs économiques dans l’identification des besoins en formation. Le gouvernement veut ainsi rapprocher davantage les entreprises, les secteurs productifs et les organismes de formation afin d’éviter le décalage persistant entre les profils formés et les compétences recherchées sur le terrain.
Face à l’accélération des transformations technologiques, le ministre a insisté sur la nécessité de développer une véritable “agilité institutionnelle” dans la conception de la carte de formation. Pour les pouvoirs publics, le défi ne se limite plus à former massivement, mais à adapter rapidement les cursus et les programmes aux mutations des métiers et aux nouvelles chaînes de valeur internationales.
Au-delà de la question de l’emploi et des compétences, Younes Sekkouri a également livré une lecture plus large des bouleversements économiques mondiaux. Il a estimé que les tensions géopolitiques, les guerres commerciales et la fragmentation de l’économie mondiale imposent aux États de revoir leurs stratégies de croissance et leurs mécanismes de financement.
Dans cette perspective, il a plaidé pour une nouvelle approche économique fondée non seulement sur la capacité à mobiliser des financements, mais surtout sur la manière de les orienter vers des secteurs stratégiques capables de renforcer la souveraineté économique, le transfert de compétences et l’intégration dans les chaînes de valeur régionales.
Le ministre a ainsi appelé à dépasser la logique traditionnelle des flux financiers pour bâtir une architecture économique plus structurée et mieux alignée sur les priorités nationales. Cette vision repose sur trois axes : anticiper les avantages compétitifs plutôt que chercher à rattraper les économies avancées, renforcer la capacité de négociation des États dans le choix de leurs partenaires économiques et orienter les investissements vers les secteurs à forte valeur ajoutée.
Président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Rabat-Salé-Kénitra, Hassan Sakhi a, de son côté, souligné que l’incertitude est devenue une composante durable de l’économie mondiale. Selon lui, les tensions commerciales et les recompositions géopolitiques obligent désormais les pays à bâtir des modèles de croissance plus résilients et plus souverains.
Il a estimé que le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts importants pour attirer les investissements et développer des filières innovantes. La région Rabat-Salé-Kénitra, a-t-il rappelé, mise fortement sur les technologies numériques, la fintech et l’intelligence artificielle grâce à un écosystème porté notamment par Technopolis et Technopark.
La Global Growth Conference 2026 a réuni plus de 100 intervenants et plus de 1.000 participants issus d’une cinquantaine de pays. Ministres, responsables institutionnels, investisseurs, fonds souverains, experts internationaux et représentants du secteur privé ont débattu autour du thème : “Structurer la croissance : Transformer l’incertitude en opportunité”.


