La tension est désormais à son comble entre Alger et Paris. Depuis plus de neuf mois, les deux capitales enchaînent incidents et représailles, dans une spirale qui semble emporter tous les efforts de rapprochement. Dernier épisode en date : l’annonce d’une nouvelle vague d’expulsions de diplomates, scellant un gel total de la coopération bilatérale.
Le 30 juillet 2024, Emmanuel Macron prend position en faveur du plan d’autonomie marocain pour le Sahara, placé sous souveraineté du Royaume. Une déclaration qui fait l’effet d’une gifle à Alger. Dans la foulée, l’ambassadeur algérien à Paris est rappelé, et une visite présidentielle prévue à l’automne est annulée par Abdelmadjid Tebboune. La fracture est entamée.
L’affaire Boualem Sansal : un symbole explosif
Le 16 novembre, Alger procède à l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Connu pour sa plume critique à l’égard du régime et des islamistes, il est accusé d’avoir remis en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie dans une tribune publiée par un média français d’extrême droite. Sa condamnation à cinq ans de prison ferme le 27 mars déclenche une onde de choc dans le monde intellectuel français. Emmanuel Macron dénonce une décision « indigne », suscitant l’ire d’Alger.
Un climat électrique sur fond d’expulsions
En parallèle, la justice française interpelle plusieurs influenceurs algériens accusés d’incitation à la violence. L’un d’eux, expulsé, est renvoyé en France faute d’autorisation d’entrée par Alger. La réponse du ministre français de l’Intérieur est cinglante : « L’Algérie cherche à humilier la France ».
Le climat se dégrade encore après une attaque meurtrière à Mulhouse, perpétrée par un ressortissant algérien visé par une OQTF que l’Algérie avait refusé d’exécuter. Paris hausse le ton : le Premier ministre François Bayrou menace de dénoncer l’accord bilatéral de 1968 qui encadre le séjour des Algériens en France. Alger rejette une première liste de personnes à rapatrier.
Un court espoir d’apaisement, vite avorté
Le 31 mars, un échange téléphonique entre Macron et Tebboune semble ouvrir une brèche. Coopération sécuritaire et migratoire sont relancées, une rencontre a lieu à Alger début avril. Le mot d’ordre : repartir sur de nouvelles bases.
Mais le répit est de courte durée. L’arrestation en France d’un agent consulaire algérien soupçonné d’avoir pris part à l’enlèvement d’un influenceur en exil rallume les braises. Alger riposte par l’expulsion de 12 diplomates français. Paris réplique à l’identique et rappelle son ambassadeur pour consultation.
Une escalade sans filet
Le 11 mai, Alger notifie à Paris une nouvelle série d’expulsions. Deux jours plus tard, la France annonce à son tour le renvoi de diplomates algériens. Le dialogue est rompu, la coopération suspendue, et les deux États campent désormais sur des positions irréconciliables.
Entre rancunes coloniales, divergences stratégiques et tensions migratoires, le contentieux franco-algérien atteint un point de non-retour. Une relation bilatérale historiquement complexe qui, aujourd’hui, vacille dangereusement sur le fil de la rupture diplomatique.

