Le projet gazier de Tendrara s’apprête à entrer dans une phase décisive. Après des années d’exploration et de développement, le gaz naturel extrait dans l’Oriental devrait prochainement alimenter le marché marocain. Porté par la société britannique Sound Energy, le chantier du micro-GNL de Tendrara franchit les dernières étapes techniques avant sa mise en service, marquant un tournant pour la production nationale de gaz et la stratégie énergétique du Royaume.
Dans la région de Tendrara, les opérations de “commissioning” – ces tests et réglages finaux qui précèdent l’exploitation commerciale – sont en cours. L’objectif est clair : valider le bon fonctionnement des installations de liquéfaction et assurer une production stable avant l’injection du gaz sur le marché. Cette phase, hautement technique, conditionne le démarrage effectif des livraisons et la montée en cadence du projet.
Le site repose sur un modèle de micro-GNL (gaz naturel liquéfié à petite échelle), une solution adaptée à un champ terrestre éloigné des grandes infrastructures. Le gaz extrait est liquéfié sur place, transporté par camion-citerne, puis regazéifié à proximité des zones industrielles clientes. Ce schéma logistique permet d’éviter, dans un premier temps, la construction de gazoducs coûteux et longs à déployer. Pour le Maroc, qui cherche à renforcer sa sécurité énergétique, cette approche progressive offre une réponse pragmatique aux besoins immédiats de l’industrie.
Le projet Tendrara s’inscrit dans un contexte énergétique en mutation. Depuis l’arrêt du flux du gazoduc Maghreb-Europe, qui reliait l’Algérie à l’Espagne via le Maroc, le pays a accéléré la diversification de ses approvisionnements. Le développement d’une production locale de gaz naturel constitue un levier stratégique pour réduire la dépendance extérieure, soutenir la compétitivité industrielle et accompagner la transition vers un mix énergétique plus équilibré.
Pour Sound Energy, la réussite de cette phase finale est déterminante. L’entreprise, présente au Maroc depuis plusieurs années, mise sur Tendrara comme actif clé de son portefeuille. L’entrée en production commerciale permettrait de générer des flux de revenus réguliers et de consolider la crédibilité du projet auprès des partenaires financiers et institutionnels.
Au-delà des enjeux financiers, Tendrara revêt une dimension territoriale importante. Dans l’Oriental, région confrontée à des défis socio-économiques structurels, le projet représente un vecteur d’activité et d’emplois directs et indirects. Il participe également à l’ancrage d’une filière gazière nationale encore émergente.
Si les essais techniques confirment les performances attendues, le gaz de Tendrara pourrait bientôt alimenter les premières unités industrielles marocaines. Une étape attendue de longue date, qui matérialise la volonté du Royaume de développer ses propres ressources énergétiques et d’inscrire le gaz naturel comme pilier complémentaire aux énergies renouvelables.
La mise sur le marché du gaz marocain issu de Tendrara ne bouleversera pas à elle seule l’équation énergétique nationale. Elle constitue néanmoins un signal fort : celui d’un pays qui avance, pas à pas, vers une plus grande souveraineté énergétique.

