Sous médiation qatarie, le premier volet du cessez-le-feu convenu entre Israël et le Hamas est entré en application ce lundi 13 octobre 2025. L’accord prévoit un échange d’otages israéliens contre des prisonniers palestiniens, marquant un tournant dans le processus entamé à Doha la semaine dernière.
L’opération a débuté tôt dans la matinée, lorsque plusieurs otages israéliens, capturés lors des attaques du 7 octobre 2023, ont été remis à la Croix-Rouge internationale avant leur transfert vers Tel-Aviv. Parallèlement, des 1.968 détenus palestiniens ont commencé à quitter les prisons israéliennes dans le cadre de cette première phase de libérations. Les dépouilles des otages décédés en captivité devraient être restituées à Israël dans les prochains jours.
Cet échange constitue l’un des volets les plus sensibles de l’accord signé dans la nuit de mercredi à jeudi dernier au Qatar, fruit de plusieurs semaines de tractations impliquant Le Caire, Doha et Washington.
Dans la bande de Gaza, les bus transportant les prisonniers palestiniens relâchés ont été accueillis par des foules en liesse, notamment à Khan Younès. Pour de nombreuses familles, ces libérations marquent la fin de longs mois d’attente et d’angoisse. Beaucoup des détenus concernés avaient été arrêtés après octobre 2023, parfois sans procédure judiciaire claire.
Mais la joie reste teintée d’amertume. Plusieurs prisonniers ont été expulsés directement vers l’Égypte, sans pouvoir retrouver leurs proches. D’autres ont été transférés en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est, sous surveillance militaire. Des familles, informées de ces expulsions à la dernière minute, ont tenté de franchir les points de passage pour accueillir les leurs, avant d’être refoulées par les autorités israéliennes.
Selon des témoins cités par Al Jazeera, certains de ces prisonniers ont appris leur destination seulement après leur libération effective. Une méthode qui, selon plusieurs ONG, vise à limiter les rassemblements et à empêcher les retrouvailles publiques des familles palestiniennes.
L’agence de presse koweïtienne a également rapporté que des dizaines de Palestiniens ont été refoulés à la frontière jordanienne alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs proches exilés vers l’Égypte.
Si le Hamas espérait inclure dans l’accord des figures majeures comme Marwan Barghouti ou Ahmed Saadat, Israël a opposé un refus catégorique. Barghouti, considéré comme un symbole de la résistance et de l’unité palestinienne, purge depuis plus de vingt ans une peine de réclusion à perpétuité. Ahmed Saadat, secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine, demeure également incarcéré.
Les autorités israéliennes affirment vouloir éviter de libérer des détenus susceptibles de “raviver la mobilisation politique palestinienne”. Le Hamas, pour sa part, estime que ces exclusions montrent la volonté d’Israël de conserver un levier de pression sur les futures négociations.
Sur le terrain, la tension reste palpable. Des sources locales rapportent plusieurs interventions de l’armée israélienne dans des foyers où des célébrations de libération étaient prévues. L’agence WAFA fait état d’un raid contre la maison d’un ancien détenu à Jéricho, tandis qu’Al Jazeera mentionne des violences à Jérusalem-Est. L’armée aurait également interdit tout rassemblement public et toute manifestation de soutien au Hamas à cette occasion.
Les conditions sanitaires des prisonniers libérés soulèvent également de vives inquiétudes. Médecins et volontaires ont été dépêchés à leur arrivée dans la bande de Gaza et en Cisjordanie pour évaluer leur état. Plusieurs présentent des signes de dénutrition et de traumatismes physiques.
“Depuis octobre 2023, la torture, l’humiliation et la détention arbitraire ont atteint un niveau systématique”, souligne le chercheur Basil Farraj, de l’université de Birzeit. Pour lui, ces libérations symbolisent “une victoire humaine, mais certainement pas la fin du combat”.
Malgré cette première étape, des milliers de Palestiniens demeurent détenus en Israël, et la trêve reste fragile. Le sort des prochains prisonniers à libérer dépendra du respect des engagements pris à Doha et de la capacité des médiateurs à maintenir un dialogue entre les deux camps.

