La génération Z serait-elle la première à enregistrer un recul mesurable de ses performances cognitives par rapport à ses parents ? C’est l’alerte lancée par le neuroscientifique américain Jared Cooney Horvath, spécialiste de l’apprentissage, qui affirme que les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 obtiennent des résultats inférieurs à ceux des générations précédentes aux tests académiques standardisés. Une déclaration qui relance le débat sur l’impact des écrans et des technologies éducatives sur l’intelligence et la réussite scolaire.
Selon les analyses compilées par le chercheur et relayées notamment par le New York Post, la Gen Z serait « la première génération de l’histoire moderne » à afficher une baisse globale des scores dans plusieurs domaines cognitifs : attention, mémoire, lecture, calcul, fonctions exécutives et quotient intellectuel. Le constat ne porte pas sur une compétence isolée mais sur un ensemble d’indicateurs académiques habituellement utilisés pour mesurer les performances scolaires.
Invité à s’exprimer devant des élus américains lors d’une audition consacrée au temps d’écran des enfants au Capitole, Horvath a recentré le débat sur l’exposition massive aux technologies numériques. D’après lui, un adolescent passerait plus de la moitié de son temps éveillé face à un écran. Cette immersion permanente modifierait les habitudes d’apprentissage : lecture fragmentée, consultation rapide de contenus condensés, difficulté à maintenir une attention soutenue sur des textes longs ou des problèmes complexes.
Le neuroscientifique ne plaide pas pour une suppression totale des outils numériques. Il insiste plutôt sur la notion de rigueur intellectuelle. Lire un ouvrage dans son intégralité, résoudre un exercice sans solution immédiate, accepter l’effort et la confusion provisoire : autant d’étapes qui structurent la pensée et renforcent les capacités cognitives. À l’inverse, une consommation continue de contenus courts et instantanés entraînerait le cerveau à privilégier la rapidité au détriment de la profondeur.
La question dépasse le cadre américain. Horvath évoque des tendances similaires observées dans plusieurs dizaines de pays ayant massivement intégré le numérique à l’école. Le calendrier interpelle : dans de nombreux systèmes éducatifs, la généralisation des tablettes, des plateformes interactives et des supports digitaux coïncide avec un tassement, voire un recul, des performances aux évaluations standardisées internationales.
Le monde du travail alimente lui aussi la controverse. Des enquêtes auprès de recruteurs indiquent qu’une large majorité estime les jeunes diplômés insuffisamment préparés aux exigences professionnelles. Manque d’autonomie, difficulté à travailler en équipe ou à soutenir un effort prolongé : ces critiques, souvent relayées dans le débat public, contribuent à façonner l’image d’une génération moins armée que ses aînés. Toutefois, ces perceptions doivent être distinguées des données strictement académiques.
La prudence s’impose. Réduire l’intelligence à des scores de QI ou à des résultats scolaires reste discutable. Les compétences sociales, la créativité, l’adaptabilité technologique ou la capacité à naviguer dans des environnements numériques complexes ne sont pas toujours captées par les tests traditionnels. Horvath lui-même rappelle que le QI ne résume pas l’intelligence humaine dans toute sa diversité.
Le débat sur la génération Z s’inscrit donc à la croisée de plusieurs enjeux : transformation des méthodes pédagogiques, place des écrans à l’école, évolution des critères d’évaluation et attentes du marché du travail. Derrière la formule choc sur une génération « moins intelligente », c’est surtout la manière d’apprendre qui est interrogée. La question centrale n’est peut-être pas celle d’un déclin irréversible, mais celle d’un modèle éducatif à rééquilibrer.
Face à ces constats, plusieurs spécialistes appellent à restaurer des temps de lecture longue, à limiter l’usage des écrans en classe et à renforcer l’accompagnement pédagogique. L’objectif n’est pas de revenir en arrière, mais de concilier innovation technologique et exigences cognitives. La performance scolaire, l’attention et la mémoire demeurent des piliers de la réussite académique. Reste à déterminer comment les préserver dans un environnement saturé de stimuli numériques.
En définitive, l’hypothèse d’une génération Z moins performante que ses parents ne saurait être tranchée à la légère. Elle oblige à examiner de près les transformations profondes de l’éducation et de l’environnement numérique. Plus qu’un procès en incompétence, le débat ouvre une réflexion sur les conditions nécessaires au développement intellectuel des jeunes générations.


