Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à produire des effets bien au-delà de la région. Selon une analyse publiée par Reuters, le complexe portuaire de Tanger Med pourrait voir augmenter le nombre d’escales de navires dans les prochaines semaines, à mesure que les routes maritimes mondiales se reconfigurent.
Au cœur de cette dynamique : le contournement croissant du canal de Suez et du détroit de Bab el-Mandeb. Plusieurs géants du transport maritime, dont Maersk, Hapag-Lloyd et CMA CGM, ont déjà commencé à rediriger leurs navires via le cap de Bonne-Espérance, rallongeant considérablement les trajets entre l’Asie et l’Europe.
Des routes rallongées, des équilibres bouleversés
Ce détour stratégique, imposé par l’insécurité persistante en mer Rouge et dans le Golfe, allonge les délais de transport de 10 à 14 jours. Une reconfiguration qui pourrait repositionner des hubs logistiques clés, dont Port Tanger Med, à l’entrée de la Méditerranée.
Dans ses échanges avec Reuters, le directeur général du port, Idriss Aarabi, indique que les équipes se concentrent désormais sur la gestion des capacités et la prévention des congestions. À ce stade, aucune annulation d’escales n’a été signalée, mais les premiers effets sur les flux de marchandises ne sont attendus qu’entre mi et fin avril 2026.
Une pression accrue sur les coûts du transport
L’allongement des routes maritimes n’est pas sans conséquence économique. Selon les informations relayées par Reuters, les coûts du fret sont déjà orientés à la hausse sous l’effet de la consommation accrue de carburant.
Les compagnies maritimes ont introduit de nouvelles surtaxes liées aux risques de guerre, aux déviations de route et aux situations d’urgence. Ces frais additionnels oscillent entre 1.500 et 3.300 dollars par conteneur standard, pouvant atteindre 4.000 dollars pour certains équipements spécialisés.
Tanger Med, un hub stratégique sous tension
Avec plus de 11,1 millions de conteneurs traités en 2025, en hausse de 8,4% sur un an, Port Tanger Med s’est imposé comme le premier port à conteneurs d’Afrique et l’un des plus performants du bassin méditerranéen.
Connecté à plus de 180 ports à travers le monde, le hub marocain pourrait tirer parti de cette recomposition des routes maritimes, à condition d’absorber les flux supplémentaires sans engorgement.
Une redistribution des cartes logistiques
Au-delà du cas marocain, cette situation illustre une mutation plus large des équilibres du commerce maritime mondial. Depuis fin 2023, les attaques en mer Rouge ont fragilisé l’un des corridors les plus stratégiques du globe. Les récentes frappes et tensions dans le Golfe, notamment autour du détroit d’Ormuz, ont accentué cette instabilité.
Résultat : l’Afrique, longtemps périphérique dans les grandes routes maritimes, pourrait voir son rôle se renforcer temporairement, notamment sur les segments liés au ravitaillement en carburant et aux escales techniques.
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Dans ce contexte incertain, Tanger Med apparaît comme un point d’ancrage stratégique, à la croisée des flux redessinés par une géopolitique de plus en plus imprévisible.

