La guerre au Moyen-Orient provoque déjà des secousses majeures sur l’économie mondiale. Depuis le début des frappes israélo-américaines en Iran, samedi 28 février, suivies par la riposte iranienne, les marchés de l’énergie et les Bourses internationales subissent une pression inédite. Le détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transite un quart du pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial, est partiellement bloqué, entraînant l’arrêt de nombreux navires et la flambée des prix du pétrole et du gaz. Les investisseurs redoutent un choc inflationniste, tandis que le commerce mondial et le tourisme dans la région sont sérieusement perturbés.
La fermeture ou la perturbation du passage d’Ormuz menace directement les exportations de pétrole et de gaz des pays du Golfe, essentiels à l’économie asiatique. Si l’Europe peut s’approvisionner par d’autres voies et bénéficier de stocks stratégiques, la Chine et d’autres grandes puissances dépendant des hydrocarbures du Moyen-Orient pourraient faire face à des tensions sur l’approvisionnement. Les experts soulignent toutefois que les oléoducs alternatifs, par exemple vers la mer Rouge, permettent de limiter l’impact immédiat. Néanmoins, la peur d’un scénario comparable aux chocs pétroliers des années 1970 plane sur les marchés.
La hausse des prix de l’énergie se fait déjà sentir. Le baril de Brent a dépassé 85 dollars, un record depuis juillet 2024, tandis que le gaz européen a atteint 65 euros le mégawattheure, un niveau jamais vu depuis janvier 2023. Cette flambée fait renaître la crainte d’une inflation accrue, particulièrement en Europe, où la dépendance aux importations de pétrole et de gaz reste forte. Philip Lane, économiste en chef de la BCE, avertit que la prolongation du conflit pourrait peser sur la croissance et accélérer l’inflation. Selon les spécialistes, l’impact se traduira davantage par une hausse modérée des prix qu’une pénurie immédiate : en France, l’inflation liée à l’énergie pourrait atteindre 2 %, contre 1 % actuellement.
Les marchés financiers mondiaux ont déjà réagi. La Bourse de Paris a chuté de 3,46 %, Francfort de 3,44 % et Milan de 3,92 %. En Asie, Séoul a perdu 7,24 %, Tokyo 3,06 % et Shenzhen 3,07 %. Aux États-Unis, Wall Street a reculé de plus de 2 % pour le Dow Jones, le Nasdaq et le S&P 500. Les devises européennes se sont affaiblies face au dollar, tandis que l’or et l’argent, valeurs refuge classiques, ont reculé. À l’inverse, les actions des majors du pétrole et des entreprises de défense ont enregistré des gains notables.
Le commerce mondial est également perturbé. Les grands armateurs internationaux, comme MSC, Maersk, CMA CGM, Hapag Lloyd et Cosco, ont mis en pause leurs navires dans la région. Au moins 167 bateaux, dont 60 porte-conteneurs transportant des produits autres que les hydrocarbures, sont bloqués. Cette situation affecte le transport de biens essentiels, allant des produits pétrochimiques aux engrais et aux marchandises agricoles ou industrielles. Pour contourner le détroit d’Ormuz, certains navires pourraient emprunter le cap de Bonne-Espérance, rallongeant considérablement les trajets et augmentant les coûts du fret. Les plateformes d’e-commerce ont prévenu d’allongements possibles des délais de livraison, de quelques jours à plus d’une semaine pour Amazon.
L’aviation et le tourisme régional subissent eux aussi l’impact du conflit. La fermeture temporaire de plusieurs espaces aériens et aéroports a entraîné l’annulation de milliers de vols, perturbant les correspondances internationales via Doha, Dubaï ou Abou Dabi. Le secteur touristique, clé pour la diversification économique des pétromonarchies, pourrait pâtir de cette crise de confiance, remettant en question l’image de sécurité et de stabilité qu’ils tentaient de promouvoir.
Cette crise montre combien les événements géopolitiques au Moyen-Orient restent intrinsèquement liés à l’économie mondiale, de l’énergie aux marchés financiers, en passant par le commerce et le tourisme. Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer l’ampleur des conséquences, alors que les entreprises et les investisseurs ajustent leurs stratégies face à une incertitude persistante.


