La Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) renforce son dispositif de vigilance linguistique. À travers une nouvelle recommandation adoptée par le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA), les radios et télévisions marocaines sont appelées à encadrer plus rigoureusement l’usage des mots et des expressions diffusés à l’antenne, afin de prévenir toute forme de stéréotype, de stigmatisation ou d’atteinte à la dignité humaine.
Adoptée le 22 janvier dans le cadre de la décision n°01-26, cette recommandation intervient dans un contexte marqué par la multiplication de signalements relatifs à des propos jugés problématiques dans certains programmes audiovisuels. Le CSCA indique avoir été saisi à plusieurs reprises, aussi bien par des plaintes formelles que par des auto-saisines, concernant l’emploi de formulations à connotation discriminatoire, parfois banalisées, mais porteuses d’impacts sociaux et symboliques réels.
Le Conseil rappelle que le langage médiatique n’est jamais neutre. Les choix lexicaux opérés à l’antenne peuvent, selon leur usage, soit contribuer à consolider les valeurs d’égalité et de respect, soit nourrir des représentations réductrices susceptibles de fragiliser le vivre-ensemble. Cette responsabilité est d’autant plus forte que les médias audiovisuels bénéficient d’une large audience et exercent une influence durable sur l’opinion publique.
La recommandation appelle ainsi les opérateurs de radio et de télévision à renforcer leurs mécanismes d’autorégulation et à améliorer la maîtrise éditoriale des contenus diffusés. L’ensemble des équipes, qu’elles soient rédactionnelles, techniques ou artistiques, est invité à faire preuve d’une vigilance accrue face à l’usage de termes ou d’expressions véhiculant une charge symbolique négative liée notamment au genre, à l’âge, à l’état de santé, à l’origine, à la situation sociale ou au statut migratoire.
Le CSCA souligne par ailleurs que certaines expressions, largement répandues dans le langage courant et souvent utilisées sans intention discriminatoire explicite, peuvent contribuer à normaliser des discours excluants. Leur répétition à l’antenne tend à affaiblir les valeurs de diversité humaine, culturelle, linguistique et religieuse que le cadre juridique national et international protège.
En rappelant les principes consacrés par la Constitution marocaine et les conventions internationales ratifiées par le Royaume, dont celles relatives aux droits humains et à la lutte contre toutes les formes de discrimination, le Conseil insiste sur l’incompatibilité de ces dérives, même involontaires, avec l’éthique journalistique et les constantes fondamentales du pays.
Délibérée au siège de la HACA à Rabat, sous la présidence de Latifa Akharbach, cette décision s’inscrit dans les missions de régulation confiées au CSCA par les lois encadrant la communication audiovisuelle. Elle vise à rappeler aux professionnels du secteur que la liberté d’expression s’accompagne d’une responsabilité éditoriale pleine, notamment dans un environnement médiatique où les discours stigmatisants circulent largement sur les plateformes numériques.
À travers cette recommandation, la HACA réaffirme son rôle de gardienne des équilibres éthiques du paysage audiovisuel national et invite les médias à faire du langage un levier de cohésion sociale plutôt qu’un facteur de division.

