Selon une analyse du Haut-Commissariat au Plan (HCP) basée sur les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2024), le Maroc compte 1,73 million de personnes en situation de handicap, soit 4,8% de la population. Ce niveau marque un léger recul par rapport à 2014 (5,1%), mais cette évolution globale masque des disparités importantes, notamment entre milieu urbain et rural.
En effet, la prévalence du handicap reste plus élevée dans les zones rurales (5,6%) que dans les villes (4,2%). Les femmes rurales apparaissent comme les plus exposées, cumulant inégalités sociales et difficultés d’accès aux services.
Vieillissement démographique et pathologies chroniques en toile de fond
L’analyse du HCP met en évidence le rôle déterminant du vieillissement. Plus de la moitié des personnes concernées ont 60 ans ou plus, et près d’une personne âgée sur cinq vit avec un handicap.
Les limitations fonctionnelles les plus fréquentes concernent la vision (11,1%), la mobilité (6,7%) et l’audition (5,7%). Cette configuration s’inscrit dans un contexte marqué par l’allongement de la durée de vie et la progression des maladies chroniques.
Par ailleurs, la hausse du nombre de personnes déclarant des difficultés entre 2014 et 2024 s’explique en grande partie par une meilleure identification des handicaps et une évolution des pratiques de déclaration.
Une exclusion éducative qui freine l’inclusion
Sur le plan éducatif, les données dressent un constat sévère. Près de 68% des personnes en situation de handicap n’ont jamais été scolarisées. Le taux d’alphabétisation reste limité à 35,4%, bien en deçà de la moyenne nationale.
Les écarts sont particulièrement marqués selon le genre et le territoire. Les femmes, surtout en milieu rural, restent les plus touchées. Le manque d’infrastructures adaptées et de dispositifs inclusifs continue de freiner l’accès à l’éducation.
Cette situation réduit fortement les chances d’insertion professionnelle et d’autonomie.
Marché du travail : une participation marginale
L’accès à l’emploi demeure limité. Seules 8,9% des personnes en situation de handicap exercent une activité. La majorité reste en dehors du marché du travail, souvent en raison de contraintes physiques, mais aussi de barrières sociales et économiques.
Les femmes sont particulièrement pénalisées, avec un taux d’activité de seulement 2,8%, contre 15,1% chez les hommes. Une grande partie d’entre elles est cantonnée aux tâches domestiques.
Lorsqu’elles travaillent, les personnes concernées sont majoritairement présentes dans le secteur privé ou dans des activités indépendantes, souvent précaires.
Des conditions de vie marquées par des inégalités territoriales
La famille demeure le principal soutien des personnes en situation de handicap. La majorité vit au sein de son foyer, ce qui souligne à la fois la solidarité familiale et la dépendance qui en découle.
Les conditions de vie restent inégales. En milieu rural, l’accès aux services de base, notamment l’eau et l’assainissement, demeure insuffisant.
En revanche, des progrès sont observés dans l’accès aux soins. Près de 63,3% des personnes concernées bénéficient d’une couverture médicale, signe d’une amélioration des politiques sociales.
Des situations de dépendance lourde pour près d’un demi-million de personnes
L’analyse du HCP souligne également l’existence de situations critiques. Environ 1,1% de la population, soit près de 500.000 personnes, vivent avec une incapacité totale.
Ces situations concernent principalement l’entretien personnel et la mobilité, et touchent davantage les personnes âgées et les populations rurales. Elles nécessitent un accompagnement renforcé et des dispositifs adaptés.
Une évolution attendue sous l’effet du vieillissement
À l’horizon 2050, le nombre de personnes en situation de handicap pourrait atteindre entre 1,6 et 2 millions. Une projection directement liée au vieillissement de la population.
Dans ce contexte, les données du RGPH constituent un levier essentiel pour orienter les politiques publiques, améliorer l’accessibilité et renforcer l’inclusion.
Un enjeu structurant pour les politiques publiques
Malgré les progrès enregistrés, les inégalités persistent. L’accès à l’éducation, à l’emploi et aux services essentiels reste inégalement réparti.
La réduction des écarts territoriaux et la prise en compte des inégalités de genre apparaissent comme des axes prioritaires pour améliorer durablement les conditions de vie des personnes en situation de handicap au Maroc.


