Les marchés pétroliers ont démarré la semaine sous tension après une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques pour l’approvisionnement énergétique mondial. Les cours du brut ont immédiatement réagi à l’annonce par Téhéran d’une fermeture du détroit « jusqu’à nouvel ordre », quelques jours seulement après la reprise des hostilités entre les deux pays.
En début de séance lundi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, évoluait autour de 79 dollars, en hausse de plus de 4 %, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain progressait lui aussi de près de 4 %, dépassant les 74 dollars le baril. Cette flambée traduit les craintes des investisseurs face à un possible ralentissement du trafic maritime dans une zone par laquelle transite traditionnellement près d’un cinquième du pétrole mondial.
La dégradation de la situation intervient alors que Washington et Téhéran avaient conclu le 17 juin un protocole d’accord destiné à mettre un terme au conflit régional et à permettre la réouverture complète du détroit d’Ormuz. Cet engagement devait favoriser un retour progressif à la normale sur les marchés énergétiques après plusieurs mois de perturbations.
Mais la reprise des affrontements a rapidement remis en cause cette perspective. Les autorités iraniennes estiment désormais que le passage des navires doit se faire selon des conditions fixées par Téhéran. Plusieurs bâtiments ayant emprunté des itinéraires considérés comme non autorisés auraient été pris pour cible dans la zone sud du détroit, accentuant les inquiétudes des compagnies maritimes, des assureurs et des marchés financiers.
Les États-Unis affirment de leur côté que la voie maritime demeure ouverte et ont annoncé de nouvelles frappes contre des positions iraniennes. Selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom), ces opérations visent à empêcher toute attaque contre les navires commerciaux et les équipages civils circulant dans la région.
Pour les analystes, le risque ne réside plus uniquement dans une fermeture totale du détroit, mais dans une réduction durable des volumes transportés. Le trafic maritime continue certes de circuler, mais dans des conditions beaucoup plus complexes, dépendant notamment de l’escorte militaire, des coûts d’assurance et de la volonté des équipages d’opérer dans une zone considérée comme un théâtre d’affrontement actif.
Les marchés surveillent désormais moins les déclarations politiques que le nombre de cargaisons effectivement acheminées chaque jour à travers le détroit d’Ormuz. Une nouvelle baisse des flux pourrait rapidement raviver les tensions sur les prix de l’énergie et peser sur les économies fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures, notamment en Afrique et en Asie.
Lors de la précédente fermeture du détroit au plus fort du conflit, le Brent avait dépassé les 110 dollars le baril, provoquant une forte hausse des coûts de transport et des carburants. Si les cours actuels restent encore loin de ce sommet, plusieurs observateurs soulignent que la capacité mondiale de production demeure inférieure à celle observée avant la guerre, limitant les marges de manœuvre en cas de nouvelle détérioration de la situation.
La nervosité s’est également propagée aux marchés financiers asiatiques. À Tokyo, les principaux indices ont terminé en repli, les investisseurs redoutant l’impact d’une hausse durable des prix du pétrole sur l’inflation mondiale et la croissance économique. La Bourse de Séoul a, quant à elle, enregistré l’une des plus fortes corrections de la région, pénalisée par les fortes baisses des géants sud-coréens des semi-conducteurs Samsung Electronics et SK hynix, dans un contexte de doutes persistants sur les valorisations liées à l’intelligence artificielle.
Sur le marché des changes, le yen japonais a poursuivi son affaiblissement face au dollar, tandis que l’or, traditionnel actif refuge en période d’incertitude, reculait malgré la montée des tensions géopolitiques.
L’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz reste désormais le principal indicateur surveillé par les opérateurs mondiaux. Toute nouvelle perturbation du trafic pétrolier pourrait provoquer une nouvelle envolée des cours et raviver les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial.


