Havaianas, symbole universel du Brésil, se retrouve au cœur d’une controverse inattendue qui divise le pays. Une simple publicité mettant en scène l’actrice Fernanda Torres a déclenché une campagne de boycott orchestrée par l’extrême droite brésilienne. Dans le spot, Torres, assise sur une chaise au bord de la plage, invite les spectateurs à commencer l’année 2026 “avec les deux pieds” plutôt que “du bon pied”, un message interprété par les partisans de l’ancien président Jair Bolsonaro comme une attaque contre les conservateurs.
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Cette réaction a rapidement pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Eduardo Bolsonaro, fils de l’ancien chef de l’État, a publiquement jeté une paire de Havaianas à la poubelle dans une vidéo, exprimant son désarroi face à ce qu’il considère comme une atteinte au symbole national. D’autres députés proches de l’extrême droite, comme Nikolas Ferreira, ont relayé le boycott à leurs millions de followers, entraînant une chute temporaire de la valeur de marché d’Alpargatas, propriétaire de la marque. Mais la réaction du public a été largement moqueuse : des memes se sont multipliés, et Havaianas a bénéficié d’une publicité gratuite, avec son compte Instagram gagnant 300 000 abonnés en seulement 48 heures.
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Le contexte de cette controverse dépasse largement le simple choix des mots dans une publicité. Fernanda Torres est une figure respectée du cinéma brésilien, récemment récompensée pour son rôle dans le film I’m Still Here, qui aborde la mémoire de la dictature militaire au Brésil. Ses prises de position, notamment contre les réductions de peine pour les participants à la tentative de coup d’État du 8 janvier impliquant Jair Bolsonaro, en font une cible privilégiée pour l’extrême droite.
Pour le grand public, la polémique semble décalée, voire absurde. Mais pour certains analystes, elle illustre l’état de désorientation de la droite radicale brésilienne, privée de son leader emprisonné et sans narration politique claire pour mobiliser ses partisans. Eduardo Bolsonaro, récemment déchu de son mandat de député et contraint de restituer son passeport diplomatique, incarne cette phase de recul et d’impuissance.
Havaianas, née en 1962, est depuis longtemps un emblème de la culture brésilienne. La simplicité et le confort de ses tongs ont traversé les décennies, de leur classification comme produit de première nécessité pendant l’inflation des années 1980 à leur reconnaissance sur les podiums internationaux dans les années 1990 avec Jean Paul Gaultier. Aujourd’hui, la marque poursuit une stratégie globale, collaborant avec Dolce & Gabbana et recrutant Gigi Hadid comme ambassadrice mondiale. Son message de “tous les porter” s’est néanmoins fracturé face à la polarisation politique, transformant un accessoire quotidien en symbole de clivage idéologique.
Alors que la guerre des tongs fait rage entre partisans du président Lula et de Bolsonaro, Havaianas continue de susciter l’attention et de faire parler d’elle, rappelant que dans un pays où la politique est omniprésente, même les chaussures peuvent devenir un terrain de bataille.

